Fiche technique
- Titre : Les Rougets
- Date : 1931
- Technique : Huile sur toile (HST)
- Dimensions : 55 × 38 cm
- Localisation : inconnue
Contexte biographique / historique
En 1931, Breuillaud se situe encore pleinement dans le cycle ZM, au moment où son langage plastique se stabilise après les recherches de la fin des années vingt. Cette stabilisation ne signifie pas apaisement : elle se traduit par une manière plus sûre d’organiser la matière, de faire tenir l’organique dans une structure, et de mettre la couleur en tension.
Avec Les Rougets, il aborde un motif de nature morte — des poissons sur un linge — mais l’enjeu n’est pas la fidélité culinaire. Le sujet lui permet de concentrer, sur une surface réduite, deux forces contraires : la forme humide, souple, presque filamenteuse des corps, et la géométrie accidentée du tissu, qui devient un support de construction. Cette toile demeure, dans l’état actuel du corpus, l’une des rares incursions connues de Breuillaud dans un motif strictement alimentaire, probablement issu d’une observation de marché.
Description plastique / stylistique
Quatre rougets sont disposés sur un linge clair aux plis épais, comme torsadés. La composition se resserre autour d’un noyau rouge-orangé : les poissons, groupés en faisceau, se frôlent et s’imbriquent, formant une masse vivante plus qu’un alignement descriptif.
La chromie est construite par contrastes :
• rouges orangés saturés des poissons, striés de blancs et de roses ;
• gris bleutés et blancs granuleux du linge, traité en larges passages ;
• zone supérieure très sombre, presque noire, qui écrase l’air et resserre la scène ;
• périphérie ocre-rosée, probable plan de table, qui réchauffe l’ensemble.
La touche est vive et glissante. Breuillaud n’insiste pas sur la précision anatomique : il cherche l’axe et la tension, quitte à allonger ou déformer légèrement les corps pour obtenir une dynamique plus incisive. Le linge occupe une place décisive : ses plis deviennent des plans brisés, des nœuds, des froissements qui cadrent et contiennent la matière rouge. La lumière, froide et latérale, ne produit pas d’éclat brillant ; elle reste mate, comme absorbée par la chair et par l’épaisseur du tissu.
Analyse comparative / corpus voisin
La toile appartient au petit ensemble d’œuvres organiques du début des années trente où Breuillaud interroge le rapport entre matière vivante et organisation spatiale. On y retrouve un procédé ZM typique : faire surgir un noyau chaud (ici, les rouges des poissons) à l’intérieur d’une structure froide et architecturée (les gris bleus du linge, les noirs du haut), de façon à transformer un motif ordinaire en dispositif de tensions.
La disposition en faisceau convergent renvoie à d’autres compositions de la même période où des éléments multiples se regroupent pour former un centre vibrant. Plus largement, Les Rougets montre que la nature morte, chez Breuillaud, n’est pas un genre autonome : elle devient un laboratoire de masses, de torsions et de rapports chromatiques.
Justification de datation et d'attribution
La datation 1931 est cohérente avec la palette chaude/froide caractéristique du ZM tardif, avec la construction du tissu en plans torsadés, et avec une matière épaisse mais mate, proche des toiles de la même année. Aucun élément formel n’invite à déplacer cette attribution.
© Bruno Restout – Catalogue raisonné André Breuillaud
