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Le Sacré-Coeur vu des toits de Montmartre (1930)

AB-ZM-1930-001 Le Sacré-Coeur vu des toits de Montmartre

Fiche technique

Contexte biographique / historique

Cette vue urbaine appartient aux années parisiennes de Breuillaud, lorsqu’il explore la ville par ses hauteurs et par ses lignes de faîte. Le motif du Sacré-Cœur, repère monumental de la butte Montmartre, lui offre un sujet immédiatement lisible, tout en lui permettant de déplacer l’enjeu vers l’architecture même de la capitale : un tissu de toits, de cheminées et de plans inclinés, où la ville se construit comme un paysage.

L’acquisition directe auprès de l’artiste en 1936 fixe un terminus ante quem solide : la toile est nécessairement antérieure (ou contemporaine) à cette date. Le parcours administratif ultérieur — propriété de l’État, dépôt à la mairie d’Erquy en 1956 — confirme le statut d’œuvre reconnue et suivie par les circuits publics de l’époque.

Description plastique / stylistique

La composition est organisée en plans successifs. Au premier plan, une bande sombre de toitures et de cheminées forme une assise stable, presque une terrasse, qui ferme la base du tableau. Au second plan, les toits se densifient en mosaïque : volumes gris-bleutés, ruptures de pente, lucarnes et conduits verticaux structurent l’espace en un réseau serré, rythmé par des touches chaudes de brique et d’ocre.

À l’arrière-plan, la silhouette du Sacré-Cœur — dôme central et campanile — s’élève au-dessus des masses urbaines, légèrement estompée par l’air. Breuillaud évite l’effet spectaculaire : l’édifice n’est pas peint comme un emblème triomphal, mais comme une forme claire, tenue à distance, qui scelle la profondeur de champ.

La touche est plutôt large et souple. Elle module les surfaces sans s’attarder sur la minutie descriptive, privilégiant les rapports de valeurs et l’architecture des plans. La palette demeure mesurée (gris, bleus, bruns), réveillée par quelques accents rouge-orangé qui ponctuent la matière et empêchent l’ensemble de se refermer. Le ciel, clair et légèrement rosé, diffuse une lumière douce, sans dramatisation, qui renforce l’impression de calme et de suspension.

Analyse comparative / corpus voisin

Par son point de vue élevé et son sujet montmartrois, la toile se rattache aux vues de ville réalisées à Paris avant la guerre, où l’architecture est abordée comme un paysage. La ville y devient un organisme de plans et de rythmes : alternance des verticales (cheminées, clochetons) et des obliques (pentes de zinc), circulation du regard le long des arêtes, et équilibre constant entre masse bâtie et respiration du ciel.

Le traitement du monument, réduit à une forme lisible mais intégrée à l’ensemble, révèle une démarche de simplification constructive : l’artiste maintient l’identification du lieu tout en faisant primer la cohérence plastique. Cette retenue — pas d’anecdote, pas de pittoresque — distingue l’œuvre d’une vue touristique et l’inscrit dans une recherche plus vaste sur la solidité des volumes et la vibration atmosphérique.

Justification de datation et d'attribution

Deux éléments conduisent à situer l’œuvre dans la première moitié des années 1930 : l’achat direct à l’artiste en 1936 fournit un terminus ante quem, et l’écriture picturale — construction par plans, palette sobre, figuration synthétique mais encore attentive aux rythmes réels des toitures — correspond à une phase parisienne où Breuillaud traite des sujets urbains identifiables avant des évolutions ultérieures.

En l’absence d’inscription datée sur la toile, une fourchette « vers 1930–1936 » demeure la proposition la plus prudente. Un resserrement serait possible si des documents d’acquisition (facture, correspondance, mentions administratives détaillées) permettaient de préciser l’année exacte.

Provenance / expositions / publications

Achat à l’artiste : 1936.

Propriété de l’État : Inv. FNAC 53988.

Dépôt : Mairie d’Erquy, 1956.

© Bruno Restout – Catalogue raisonné André Breuillaud