Fiche technique
- Titre : Portrait d'Hélène
- Date : 1929 (circa)
- Technique : Huile sur toile
- Dimensions : Non connues
- Localisation : Collection privée
Contexte biographique / historique
- Ce portrait d’Hélène revêt une importance singulière dans le parcours d’André Breuillaud : elle deviendra sa seconde épouse, ce qui fait de cette toile une œuvre à la fois intime et historiquement déterminante.
Autour de 1929, Breuillaud se trouve au point de bascule entre :
la période ZM (1925–1929), centrée sur les marges sociales, et les premiers signes d’un retour à la figuration structurée, plus intime et plus introvertie, qui annoncent certaines évolutions des années 1930.
Le portrait d’Hélène intervient au moment où l’artiste stabilise son langage pictural. Il s’éloigne progressivement du pathos dramatique des portraits de la Zone (1926–1928) au profit d’une présence humaine plus apaisée, mais d’autant plus intense dans son intériorité.
Ce portrait se situe donc dans la catégorie des proto-ZM tardifs, œuvres de transition où l’intimité, la psychologie et la rigueur picturale l’emportent sur la dimension sociale.
Description plastique / stylistique
- Le tableau frappe immédiatement par l’intensité du regard : des yeux verts légèrement asymétriques, brillants, profonds, fixent le spectateur avec une lucidité presque inquiète. Leur structure, très construite, témoigne d’une observation attentive — probablement une longue séance de pose.
- Le visage : les volumes sont modelés avec une pâte épaisse mais subtile, caractéristique de la fin de ZM. Le front large, la minceur du nez, la bouche serrée mais douce, composent un visage réaliste mais non mimétique. La carnation est travaillée avec une alternance de tons chauds (bruns, rouges) et froids (gris-rose, ocre), créant un effet pulsatoire, vivant.
- Les cheveux : traitement nerveux, par petites touches brunes denses.
La coiffure courte, moderne, typique des années 1925–1930, renforce l’ancrage historique.
- Le vêtement : blouse claire, peinte en larges empâtements souples.
Les plis du tissu sont esquissés, presque suggérés plutôt que détaillés : Breuillaud concentre la finition sur le visage.
Les teintes passent de gris-beige à des roses atténués, créant une harmonie très douce.
Fond travaillé en spirales et frottis d’ocres et de gris, presque abstrait.
Ce fond mouvant crée un halo autour du visage, isolant la figure et renforçant la présence psychologique.
- La posture : Hélène est posée frontalement, mais sa tête est légèrement inclinée, introduisant une tension discrète mais essentielle.
Les mains, bien que partiellement visibles, sont traitées avec une matière moins détaillée : encore une indication du choix assumé de centrer la composition sur la psychologie du visage.
Analyse comparative / corpus voisin
Le portrait s’inscrit dans une lignée particulière :
- Par rapport à ZM
Moins sombre, moins violent que Le Bicot de la Zone (AB-ZM-1928-005).
Plus intime, mais gardant la pâte épaisse, caractéristique de ZM.
Conserve une dimension réaliste, mais sans charge sociale.
- Par rapport aux portraits féminins antérieurs
Plus construit que les portraits académiques des années 1923–1924.
Moins stylisé que les aquarelles marocaines/nord-africaines de 1927 (Mazilia, Moukère).
- Par rapport à ses œuvres des années 1930
Déjà la marque d’une économie de moyens, une centralité du regard, une recherche de vérité intérieure, qui deviendront essentielles dans ses portraits plus tardifs.
Ce tableau constitue un jalon important dans l’évolution psychologique du portrait chez Breuillaud.
Justification de datation
La datation circa 1929 est cohérente :
- matière épaisse et sombre encore proche de ZM,
- construction du visage plus calme et psychologisée que dans les portraits de 1927–1928,
- coiffure typique de la fin des années 1920,
- signature cohérente.
Aucun élément stylistique ne contredit cette attribution.
Provenance / expositions / publications
Collection privée familiale
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
