Fiche technique
- Titre : Nu
- Date : 1929
- Technique : Fusain
- Dimensions : 40x30
- Localisation : Collection privée *
Contexte biographique / historique
En 1929, André Breuillaud se situe dans une phase d’intense structuration du dessin figuratif. Après les années 1925–1928 dominées par la période ZM, centrée sur les marges sociales, les franges urbaines et les portraits expressifs, l’artiste réinvestit également le champ du nu académique, dans la continuité des recherches amorcées dès 1927.
Cette double orientation (réalisme social pour les huiles, académisme épuré pour le dessin)
est caractéristique de son œuvre de la fin des années vingt. Elle lui permet de consolider la maîtrise anatomique qui servira plus tard de socle aux grandes périodes PR et MP.
La signature et la date, clairement lisibles, ancrent cette feuille dans une année où Breuillaud opère une transition stylistique majeure : il passe d’un naturalisme sombre (portraits de la Zone) à un langage du corps plus synthétique, plus concentré, reconnaissable dans plusieurs feuilles de 1929–1931.
Description plastique / stylistique
Le modèle féminin est représenté debout, les jambes légèrement croisées, le buste incliné en avant, la tête penchée vers la gauche. La pose est simple, douce, sans tension dramatique : un moment suspendu d’introspection silencieuse.
Le fusain est utilisé avec un trait continu, souple et rond, sans rupture ni hachure.
Les contours, tracés dans un rouge-brun léger (sanguine mélangée ou fusain teinté), donnent au dessin une chaleur douce et un caractère presque néo-classique.
Le visage, délicatement abaissé, est rendu par une ligne très épurée, presque chuchotée.
Les ombres sont posées en légers frottis, créant un volume délicat, presque sculptural.
Les hanches, très présentes, structurent la composition et rappellent l’intérêt constant de Breuillaud pour la charpente corporelle.
L’absence de fond concentre le regard sur la forme humaine, isolée dans un espace neutre.
- Le nu n’a rien de sensuel ou d’expressif au sens dramatique : il relève d’une étude, mais une étude vivante, attentive, où la douceur de la pose et la pudeur du visage donnent au dessin une véritable personnalité.
Analyse comparative / corpus voisin
Cette œuvre se place dans la continuité directe des nus académiques de 1927–1928 (Nu assis, AB-ZM-1928-001), et préfigure les études du début des années 1930 où Breuillaud affinera la souplesse de sa ligne.
Comparé à la rudesse des portraits sociaux ZM (1925–1928), ce dessin révèle une autre face du peintre : celle du dessinateur classique, héritier de la tradition académique française mais déjà tourné vers une stylisation moderne.
Points de convergence avec les autres feuilles des années 1929–1930 :
- ligne épurée,
- modelé allégé,
- préférence pour les poses simples, légèrement introverties,
- disparition presque totale du décor.
Ce nu constitue donc un maillon essentiel dans le passage de Breuillaud vers une écriture du corps plus synthétique, annonçant la construction géométrisée des périodes ultérieures.
Justification de datation
La date inscrite et la signature rendent la datation certaine.
La stylisation, la douceur de la ligne, l’économie du modelé et la maturité anatomique situent l’œuvre idéalement dans :
- la continuité des études académiques de 1928,
- le climat esthétique de 1929,
- l’évolution progressive vers les figures plus architecturées des années 1930.
Aucun élément ne contredit cette datation.
Provenance / expositions / publications
Collection privée
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
