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AB-ZM-1927-003 (1927)

AB-ZM-1927-003 AB-ZM-1927-003

Fiche technique

Contexte biographique / historique

En 1927, André Breuillaud approfondit son immersion dans les quartiers populaires du Nord de Paris, où il côtoie au quotidien les communautés d’origine nord-africaine installées autour de Barbès, de la Goutte-d’Or, de La Chapelle, de Saint-Ouen et de leurs zones de lisière. L’année marque un infléchissement sensible dans le corpus de la période ZM : après les vues des franges urbaines et des terrains en mutation, l’attention se déplace vers l’humain, les visages, les identités rencontrées, et la qualité de présence des regards.La mention manuscrite portée au bas de l’œuvre — « Mazilia 11-2-27 » — est déterminante. Elle atteste une rencontre datée précisément du 11 février 1927 et situe l’étude aux abords de Clichy, territoire charnière entre Paris, Saint-Ouen et des zones de chantier caractéristiques de l’imaginaire ZM. Le soin apporté à nommer le modèle et à inscrire la date révèle une démarche de documentation directe, sans exotisme de façade : Breuillaud cherche moins une figure-type qu’une présence singulière.

Description plastique / stylistique

La jeune femme, identifiée comme Mazilia, est représentée de trois-quarts, dans une pose calme et silencieuse, empreinte d’une retenue intérieure. L’aquarelle conjugue la légèreté des lavis et la précision d’accents plus sombres concentrés sur le visage. La carnation chaude, les pommettes hautes, les lèvres pleines et le regard baissé définissent une physionomie immédiatement lisible, sans insistance descriptive : les ombres fines sur les joues sont obtenues par superpositions transparentes, et les contours restent par endroits ouverts afin de laisser circuler la lumière.Le turban, dans une gamme de beiges et de roses, est posé en lavis largement étendus mêlant ocre, sépia et touches rosées, tandis que la partie droite de la feuille se charge de rehauts rouges et bruns : une poussée chromatique qui accompagne la figure et introduit une dimension expressive presque abstraite. L’écharpe claire, aux tons bleutés, est traitée en gestes larges, à peine effleurés. On reconnaît une alternance technique nette — humide-sur-humide pour les aplats, puis humide-sur-sec pour les reprises du modelé et des accents — qui laisse percevoir la vitesse d’exécution et le moment capté sur le vif.La composition est centrée sur le visage, sans décor ni anecdote : le portrait devient intérieur, intime, plus proche d’une capture psychologique que d’une étude ethnographique. Une douceur mélancolique traverse l’ensemble, en contraste avec d’autres portraits de 1927, plus frontaux et plus irradiants.

Analyse comparative / corpus voisin

Le portrait s’inscrit dans un ensemble de 1927 consacré à des figures féminines rencontrées dans le Nord parisien. Il forme un diptyque particulièrement parlant avec le Portrait de Moukère : là où celui-ci privilégie la frontalité, l’intensité et un regard affirmé, Mazilia choisit l’intimité, la douceur et l’intériorité. Les deux œuvres se répondent par leur économie de moyens et leur justesse, tout en modulant très finement le degré de présence psychologique.Comparées à la veine plus sombre des paysages ZM des années 1925–1928, ces aquarelles témoignent d’une ouverture vers l’humain et d’un travail de proximité sociale : la matière devient transparente, l’espace se retire, et la technique s’adapte au sujet. L’intérêt de Breuillaud va ici à la qualité de silence et à la densité intérieure du modèle, davantage qu’à la description de signes extérieurs.

Justification de datation

La date du 11 février 1927, portée sur l’œuvre, rend la datation pleinement fiable. La technique, la palette et la thématique correspondent à la phase de portraits réalisés durant l’hiver et le printemps 1927, dans le contexte des rencontres de Clichy, Saint-Ouen et des abords de Barbès. Aucun élément stylistique ou matériel ne vient contredire cette date.

Provenance / expositions / publications

Collection privée© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud