Fiche technique
- Titre : La petite rivière
- Date : 1936
- Technique : Huile sur toile
- Dimensions : 65 × 81 cm
- Localisation : Collection privée *
Contexte biographique / historique
En 1936, Breuillaud élargit le registre de sa période PN : après les années 1933–1935 dominées par l’intime (portraits, intérieurs, natures mortes), le paysage reprend une fonction centrale. Le motif n’est plus seulement un cadre, mais un lieu d’expérimentation où l’artiste éprouve la pâte, la couleur et la construction du plan pictural.
Cette petite scène de rivière, probablement issue d’un séjour en province, condense un rapport direct au motif. La nature n’y est pas décrite avec minutie ; elle est reconstruite par masses, par rythmes, par oppositions thermiques. L’œuvre témoigne ainsi d’un moment où Breuillaud cherche un équilibre entre la fidélité à une observation concrète et une liberté de touche de plus en plus assumée.
Description plastique / stylistique
La composition se déploie en largeur, structurée par une alternance de plans chauds et froids. Au premier plan, un filet d’eau sombre traverse la base du tableau et impose une coupure fraîche. La rive est encombrée d’herbes hautes et de rochers traités en empâtements nerveux, presque sculptés, où la matière accroche la lumière par endroits et s’éteint ailleurs.
Le plan médian est dominé par une colline mordorée, large et bombée, travaillée en touches superposées. La terre est animée d’accents rouges, mauves et verts qui transforment le relief en surface vibrante. Breuillaud ne cherche pas l’unité tonale ; il fabrique une respiration interne, comme si la colline était un organisme traversé de pulsations colorées.
À l’arrière-plan, une masse d’arbres ferme l’espace. Les feuillages, peints par gestes amples et arrondis, forment un couronnement sombre qui stabilise la composition. Le ciel, clair et légèrement bleuté, reste mobile : des passages plus rosés et des frottis laiteux installent une lumière diffuse, sans ombres nettes, qui enveloppe l’ensemble et maintient la scène dans une atmosphère de fin de journée.
L’effet général tient à la tension entre le mouvement de la touche et la solidité des masses. La rivière, par sa bande sombre, empêche la montée chromatique de se dissoudre ; inversement, la colline, par sa chaleur, empêche l’eau de refermer le tableau sur une froideur uniforme. Cette dialectique donne au paysage une énergie contenue, à la fois sensuelle et construite.
Analyse comparative / corpus voisin
Par sa pâte libre et ses accords chauds, La petite rivière s’inscrit dans la série des paysages de la seconde moitié des années 1930, lorsque Breuillaud fait du motif naturel un laboratoire de matière. L’œuvre prolonge les recherches de plein air perceptibles dès 1934 dans les scènes de campagne, mais elle les radicalise : la touche devient plus épaisse, la couleur plus audacieuse, la surface plus travaillée en relief.
On peut également y reconnaître une parenté avec certaines natures mortes PN par la manière de construire la présence matérielle : comme dans ces compositions d’objets, les choses ne sont pas seulement représentées, elles sont pesées, posées, épaissies. La rivière joue ici un rôle comparable à celui d’un drapé ou d’une table : un plan d’appui qui organise les masses et donne au regard une trajectoire.
Justification de datation et d'attribution
La datation 1936 est pleinement cohérente avec l’état de la facture : empâtements plus généreux que dans les paysages antérieurs, palette où les mauves et rouges entrent au cœur des terres, et construction par masses arrondies qui annonce les développements paysagers de la fin des années 1930. L’ensemble correspond à une phase de libération de la touche, tout en conservant une architecture stable, caractéristique de ce moment du corpus.
Provenance / expositions / publications
Collection privée.
© Bruno Restout – Catalogue raisonné André Breuillaud
