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Renée dans la Creuse (1933)

AB-PN-1933-001 Renée dans la Creuse

Fiche technique

Contexte biographique / historique

L’année 1933 correspond à un approfondissement du cycle PN : Breuillaud resserre son regard sur l’intimité, la vie quotidienne, et les figures proches. Renée, sa première épouse, apparaît ici non comme un modèle posé, mais comme une présence saisie dans une activité silencieuse — un moment domestique où la peinture observe moins la scène que l’attention elle-même.

Le séjour en Creuse, ou du moins la référence à ce territoire, installe un climat particulier : lumière chaude, temps ralenti, atmosphère provinciale. Après les années de tension urbaine et d’âpreté sociale, Breuillaud cherche dans ces intérieurs une autre densité : une psychologie douce, sans théâtralité, portée par la matière et par une palette assourdie mais lumineuse.

Description plastique / stylistique

La composition, horizontale et dense, organise la figure de Renée au premier plan, penchée vers sa tâche, le visage incliné dans une zone de lumière dorée. L’attitude est de concentration : paupières abaissées, bouche close, cou légèrement avancé. La scène ne raconte presque rien, mais tout est construit pour rendre perceptible le temps suspendu.

Le visage est modelé par une pâte vibrante et fondue : carnations chaudes, joues rosées, ombres souples sous le menton. La chevelure sombre, traitée en masses, encadre le visage et accentue l’effet de recueillement. Un collier rouge, posé comme un anneau dense au cou, joue un rôle décisif : accent chromatique et point d’ancrage qui maintient la figure au centre du tableau.

Au premier plan, un bouquet éclate comme une respiration colorée : blancs crème, jaunes denses, roses vifs, verts profonds. Le vase rond, lourd, capte des reflets sombres et renvoie, par sa courbe, à la courbe du buste. La nature morte n’est pas un décor : elle équilibre la composition en répondant à la masse du corps et en renforçant une diagonale qui traverse la scène.

Le fond demeure volontairement peu descriptif : un halo de bruns, d’ocres et de rouges sombres, travaillé en touches larges, isole la figure dans une bulle d’attention. La matière, plus fluide que dans les portraits immédiatement antérieurs, garde cependant une densité qui retient la lumière au lieu de la laisser filer.

Analyse comparative / corpus voisin

Renée dans la Creuse s’inscrit dans la série des portraits intimistes du début de PN, où Breuillaud quitte progressivement la frontalité des figures isolées pour introduire un contexte minimal : table, bouquet, geste, silence. La toile annonce la veine des portraits narratifs du milieu des années 1930, non par l’anecdote, mais par l’installation d’un climat domestique.

Le motif du vase et du bouquet renvoie également à certaines natures mortes rares de la période : chez Breuillaud, ces objets ne deviennent jamais un simple ornement, mais un second foyer de matière et de couleur, chargé de stabiliser la figure et d’épaissir l’atmosphère.

Justification de datation et d'attribution

La datation vers 1933 est soutenue par l’équilibre spécifique entre une pâte déjà assouplie et une construction encore dense, ainsi que par la palette chaude et intérieure associée au séjour (ou au motif) creusois. L’œuvre paraît postérieure aux portraits plus rigidement structurés de 1931–1932, et antérieure aux réorganisations plus nettement affirmées à partir du milieu de la décennie. La mention « circa » demeure donc pertinente.

Provenance / expositions / publications

Collection privée.

© Bruno Restout – Catalogue raisonné André Breuillaud