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Petite fille à la tartine de confiture (1932)

AB-PN-1932-001 Petite fille à la tartine de confiture

Fiche technique

Contexte biographique / historique

En 1932, Breuillaud se détache progressivement des recherches les plus géométrisées et colorées du cycle ZM pour entrer dans un territoire plus intime : figures proches, scènes silencieuses, portraits du quotidien. Paris demeure son cadre, mais l’attention se déplace des objets et des architectures vers la présence humaine — modeste, non théâtralisée, souvent saisie dans un geste simple.

Cette Petite fille s’inscrit pleinement dans ce seuil. La matière conserve encore une vibration sombre héritée des années précédentes, mais l’enjeu n’est plus analytique : il devient psychologique. L’enfant n’est pas un prétexte narratif ; elle est une présence, et la peinture cherche à tenir ensemble l’innocence du sujet et la gravité de l’atmosphère.

Description plastique / stylistique

La composition, verticale, est centrée sur la figure assise sur une chaise de bois dont on devine les montants derrière les épaules. Le fond est presque entièrement absorbé par des bruns et des verts très sombres, travaillés en larges frottis et en griffures de matière, qui font vibrer l’espace sans l’identifier. Cette obscurité forme un écran contre lequel le visage de l’enfant se détache, comme éclairé de l’intérieur.

Le visage est construit par une pâte dense mais nuancée : front pâli, joues fortement rosées, bouche petite et rouge, yeux sombres légèrement agrandis qui donnent à l’expression une gravité inhabituelle. Les cheveux courts, en casque, sont traités par touches brunes épaisses, et un col bleu-vert, à peine indiqué, introduit une note froide qui stabilise la carnation.

Les mains jouent un rôle central : l’une repose, ouverte, sur la cuisse ; l’autre tient une tartine de confiture, petit noyau rougeâtre qui répond aux joues et à la bouche. Le vêtement, sombre, est traité en masse, traversé de rares lueurs bleutées ; la peinture privilégie la présence compacte plutôt que le détail des plis. Le résultat est un portrait d’enfance sans sentimentalité : une intensité tenue, presque muette, où la matière picturale devient vecteur d’émotion.

Analyse comparative / corpus voisin

L’œuvre annonce clairement le cycle PN des années 1932–1934, par son resserrement sur la figure, par l’atmosphère feutrée, et par la primauté accordée au visage comme foyer psychologique. Elle se distingue des toiles ZM tardives : la construction n’est plus portée par une organisation spatiale analytique, mais par une dramaturgie de valeurs et par la vibration de la pâte autour du modèle.

Le traitement du fond, volontairement non descriptif, et l’insistance sur les mains et le visage inscrivent la toile dans une veine de portraits intimes où le quotidien — une chaise, un vêtement simple, un morceau de pain — devient le cadre minimal d’une présence intérieure.

Justification de datation et d'attribution

La datation 1932 est cohérente avec cette phase de transition : matière encore sombre et vibrante, mais recentrée sur la psychologie plutôt que sur l’analyse des formes. Le sujet et le dispositif (figure isolée, fond feutré, lumière localisée sur le visage et les mains) correspondent au climat du début de PN. Aucun élément formel ne vient contredire cette attribution.

© Bruno Restout – Catalogue raisonné André Breuillaud