Fiche technique
- Titre : Nu à la bassine
- Date : 1939 (circa)
- Technique : Huile sur toile (HST)
- Dimensions : 76x50
- Localisation : Collection privée
Contexte biographique / historique
Réalisé à la veille du conflit, ce tableau s’inscrit dans la séquence des nus d’atelier que Breuillaud développe en 1939, au moment où son travail se resserre sur des motifs fondamentaux et répétitifs : le modèle vivant, la lumière de l’intérieur, les gestes ordinaires de la toilette. Dans ce cycle, le nu n’est plus le prétexte d’un exercice académique, mais une présence concrète, observée dans un espace domestique réduit, avec une attention nouvelle portée au poids du corps et à la vérité des attitudes. La scène de lavage, tenue à distance de toute narration, offre un motif simple qui permet de concentrer l’analyse sur la matière, les volumes et la relation entre chair, linge et objets.
Description plastique / stylistique
La composition montre une femme nue assise sur un tabouret, penchée vers l’avant, occupée à presser un linge clair au-dessus d’une bassine métallique bleu-gris. Le geste ramène le torse et les bras en un nœud compact, tandis que les jambes, écartées et fermement plantées, ancrent la figure dans le plan inférieur et donnent à la pose une densité presque sculpturale. Breuillaud modèle la chair par des passages fondus et des empâtements discrets : les carnations oscillent entre des ocres rosés et des blancs laiteux, traversés d’ombres froides verdâtres et bleutées qui structurent les volumes sans contour appuyé. Autour du corps, le décor se réduit à quelques masses sombres — canapé vert, mur brun rouge, plancher et tapis — dont la matière épaisse et les accords sourds renforcent l’intimité close de la scène. Le contraste entre la blancheur du linge, le métal de la bassine et la chair assourdie organise la lecture et conduit le regard du visage baissé vers le centre du geste.
Analyse comparative / corpus voisin
Par son motif de toilette, cette œuvre dialogue étroitement avec d’autres nus contemporains du même groupe, où Breuillaud privilégie des actions simples (linge, bassin, vêtement) pour stabiliser la pose et explorer les variations de lumière sur la peau. Comparé au « Nu assis de dos » de 1939, plus concentré sur la seule courbe du corps et sur un fond presque abstrait, « Nu à la bassine » maintient une dimension d’atelier plus descriptive, avec des objets identifiables et une profondeur d’espace minimale. À l’inverse du « Nu enfilant la chaussette », plus clair et plus décoratif, la palette ici se resserre sur des bruns, des verts sombres et des bleus métalliques, donnant à la scène une gravité silencieuse. L’ensemble confirme la cohérence du cycle : même recherche d’une présence charnelle, même refus de l’anecdote, même construction par masses pleines.
Justification de datation et d'attribution
La datation vers 1939 est soutenue par la cohérence stylistique avec le groupe PG1 : pose d’atelier ramassée, motif de toilette récurrent, modelé par passages fondus et empâtements mesurés, et palette pré-guerre associant carnations chaudes et ombres froides. La manière de construire le corps en volumes denses, sans linéarité, ainsi que la relation très physique entre chair, linge et métal, correspondent aux solutions plastiques observées dans les nus de la même année. L’attribution à Breuillaud se justifie par cette signature de facture — densité de matière, fusion des plans, chromie sourde — et par l’accord général entre traitement du modèle et dispositif d’atelier, caractéristiques de sa production de la fin des années 1930.
Provenance / expositions / publications
Collection privée.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
