Fiche technique
- Titre : Notre Dame de Paris (I)
- Date : 1921
- Technique : Huile sur Panneau de bois
- Dimensions : 24x33
- Localisation : Collection privée *
Contexte biographique / historique
Cette petite huile sur panneau de bois constitue, dans l’état actuel du corpus, l’œuvre la plus ancienne connue d’André Breuillaud. Datée de 1921, elle appartient encore à une phase de formation et de consolidation du regard, antérieure aux paysages de zone et aux scènes populaires qui marqueront le milieu des années 1920. Le choix de Notre-Dame de Paris inscrit le jeune artiste dans une tradition de vues urbaines et monumentales, où le motif architectural sert à éprouver à la fois la construction des masses, la profondeur atmosphérique et la présence humaine dans l’espace de la ville.
L’inscription portée au dos donne à l’œuvre une dimension documentaire et personnelle particulière : « À Monsieur le curé de Saint Germain Beaupré Creuse en étroite communion spirituelle ». Cette dédicace, écrite au crayon de bois, rattache le panneau à un destinataire identifié et introduit une tonalité spirituelle qui résonne avec le sujet choisi. Elle confirme aussi l’importance accordée par Breuillaud, dès ses débuts, à l’identification manuscrite de ses œuvres.
Par son format réduit, son sujet, sa date et son traitement pictural, cette œuvre peut être rapprochée de la grande toile Notre-Dame de Paris, exécutée la même année et acquise par l’État en 1922. Sans qu’il soit possible d’affirmer avec certitude une fonction préparatoire, le panneau peut être compris comme une version de petit format, une étude aboutie ou une première formulation destinée à fixer le motif avant son développement dans un format plus ambitieux.
Description plastique / stylistique
La composition adopte un format horizontal resserré. La masse de Notre-Dame domine la partie supérieure de l’image : les deux tours s’élèvent dans une lumière grise et rosée, tandis que la flèche, plus fine et plus sombre, se détache sur la droite. L’architecture n’est pas décrite avec précision topographique ; elle est plutôt absorbée par une atmosphère brumeuse, construite en valeurs sourdes, où les violets, les gris bleutés et les bruns se fondent dans le ciel.
Au premier plan, l’espace ouvert de la place est traversé par quelques petites figures. Leur échelle minuscule accentue la monumentalité de la cathédrale, tout en animant la scène d’un mouvement discret. Ces silhouettes, rapidement indiquées, introduisent une notation de vie quotidienne : Breuillaud ne peint pas seulement un monument, mais un lieu habité, saisi dans une lumière de fin de journée ou de matin brumeux.
La matière picturale est posée en touches visibles, nerveuses et souples, avec des stries qui suivent les mouvements du ciel, du sol et des volumes architecturaux. Le panneau de bois favorise une surface dense, légèrement brillante, où la touche accroche la lumière. La palette, très tenue, privilégie les gris chauds, les mauves, les bleus assourdis et quelques accents ocres. Cette retenue chromatique confère à l’œuvre un caractère méditatif, presque recueilli, en accord avec le sujet et avec la dédicace portée au revers.
Analyse comparative / corpus voisin
Le rapprochement avec AB-PF-1921-003, Notre-Dame de Paris, huile sur toile de 60 × 70 cm acquise par l’État, est essentiel. Les deux œuvres partagent le même sujet, la même date et une conception proche : la cathédrale y apparaît comme une masse verticale plongée dans une lumière diffuse, tandis que les figures du premier plan servent de contrepoint humain et de mesure d’échelle. Le petit panneau condense cependant le motif dans une formulation plus intime et plus tactile : la touche y paraît plus serrée, la matière plus ramassée, et le cadrage renforce la densité de la scène.
La grande toile destinée à l’État développe le sujet dans un format plus ample, avec une respiration atmosphérique plus large ; le panneau, lui, fonctionne comme une image concentrée, presque comme une note peinte. Cette relation autorise l’hypothèse d’un travail préparatoire ou parallèle, sans réduire l’œuvre à une simple esquisse : elle possède une autonomie picturale réelle par sa composition équilibrée, sa qualité de matière et l’intensité de son climat.
Un autre élément renforce l’intérêt de cette comparaison : ces deux œuvres sont, à ce jour, les seules connues présentant ce type de signature au recto. En revanche, la signature associée à la dédicace du revers correspond déjà à celle que Breuillaud utilisera durablement pour attester ses œuvres. Cette double donnée fait du panneau un document charnière : il témoigne d’un moment où l’artiste cherche encore sa présentation publique, tout en fixant déjà les signes manuscrits de son identité d’auteur.
Justification de datation et d'attribution
La datation de 1921 est confirmée par la signature et la date visibles en bas à droite. Elle est également cohérente avec la facture de jeunesse : construction encore descriptive, atmosphère héritée de l’impressionnisme tardif, palette sobre et recherche de solidité dans les masses architecturales. L’œuvre précède les simplifications plus affirmées et les tensions sociales de la période ZM ; elle appartient encore à un moment d’apprentissage très maîtrisé, où Breuillaud observe la ville par le biais d’un grand motif patrimonial.
L’attribution à André Breuillaud est soutenue par la signature du recto, par la dédicace manuscrite du revers et par la comparaison avec la grande version de 1921 acquise par l’État. Le caractère très précoce de l’œuvre explique certaines particularités, notamment la signature du recto, différente de celle qui deviendra ensuite la norme dans son catalogue. L’ensemble des éléments matériels, stylistiques et documentaires permet de retenir l’œuvre comme un jalon majeur des débuts de l’artiste.
Provenance / expositions / publications
Localisation actuelle : collection privée *
Inscription au dos : dédicace manuscrite au crayon de bois, « À Monsieur le curé de Saint Germain Beaupré Creuse en étroite communion spirituelle ».
Œuvre à rapprocher de AB-PF-1921-003, Notre-Dame de Paris, huile sur toile de 60 × 70 cm, acquise par l’État en 1922, inventaire FNAC 7621, en dépôt au Centre Hospitalier Régional de Poitiers depuis le 14 février 1922. © Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
