Fiche technique
- Titre : Extraction du magma
- Date : 1970
- Technique : Huile sur toile (HST)
- Dimensions : 100 × 73 cm
- Localisation : Collection privée *
Contexte biographique / historique
Datée de 1970, cette toile s’inscrit dans un moment de bascule où André Breuillaud pousse à son intensité maximale le registre MP4 : après les recherches de 1969, la surface se referme sur une vision incandescente et organique, où l’espace de fond cesse d’être un simple support pour devenir une matière active, presque atmosphérique. Le choix de l’œuvre comme image de couverture du catalogue de l’exposition de la Galerie Chave à Vence (1972) confirme la place centrale de ce type de composition dans la série des grands rouges de la charnière 1969–1970, entre apparition de figures-totems et densification du champ pictural.
Description plastique / stylistique
La composition se déploie sur un champ rouge-orangé fortement saturé, travaillé en nappes qui varient du magma sombre aux éclaircies plus orangées, comme si la toile respirait par zones. Sur cette profondeur chaude, des formes humanoïdes à la fois hiératiques et instables se détachent : corps étirés, profils schématiques, têtes ovales ponctuées d’yeux isolés, parfois réduits à une simple lueur. La ligne, d’un vert bleuté ou d’un turquoise acide, circonscrit ces entités sans les enfermer complètement ; elle les relie au fond, les fait remonter, s’infléchir, se contorsionner, comme si la figure était prise dans un courant interne. L’ensemble conserve une lisibilité verticale – silhouettes dressées, gestes levés, apparitions en bordure – mais l’espace reste volontairement ambigu : ni sol ni horizon, seulement une chambre de couleur où les présences semblent émerger puis se dissoudre.
Analyse comparative / corpus voisin
Par son rouge incandescent et sa verticalité de figures-totems, l’œuvre se place au voisinage immédiat des autres toiles MP4 de 1970, notamment AB-MP4-1970-002, dont elle partage l’idée d’un champ rouge gouvernant la scène et la cohabitation de présences humaines et de signes flottants. Elle prolonge également l’intuition, déjà perceptible en 1969, d’une peinture où la couleur agit comme une matrice, tout en annonçant des densifications plus fermées qui s’accentueront au début des années 1970 ; à distance, elle rappelle l’énergie d’œuvres plus anciennes telles que Danse de feu (1962), mais transposée ici dans un langage organique et spectral.
Justification de datation et d'attribution
La datation en 1970 se justifie par la signature chromatique propre au tournant 1969–1970 – rouge-orangé dominant, accents verts acides et bleus nocturnes – ainsi que par la manière de faire émerger les figures au moyen d’un dessin nerveux qui se confond avec la matière colorée. L’équilibre entre silhouettes encore discernables et dissolution dans le fond correspond à un moment où Breuillaud stabilise ses formes sans renoncer à leur porosité. La reproduction de l’œuvre sur la couverture du catalogue Chave (1972) conforte enfin l’attribution et l’inscription de la toile dans le corpus documenté de cette période.
Provenance / expositions / publications
Couverture du catalogue de l’exposition André Breuillaud, Galerie Chave, Vence, 1972.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
