Fiche technique
- Titre : Êtres phosphorescents
- Date : 1969
- Technique : Huile sur isorel (HSIso)
- Dimensions : 46 x 55 cm
- Localisation : Collection privée *
Contexte biographique / historique
En 1969, Breuillaud atteint une forme de maturité dans ses recherches sur les figures métamorphiques : la narration se dissout au profit d’une dramaturgie intérieure, où les corps deviennent des présences flottantes, mi-humaines mi-organismes. La scène s’assombrit et se charge d’une tonalité nocturne qui transforme l’espace en membrane.
Le support d’isorel permet une matière dense et une ligne plus incisive. Dans ce cadre, l’artiste fixe des silhouettes instables par des contours rehaussés, tout en laissant la couleur diffuser en halos. L’œuvre suggère ainsi une iconographie de l’entre-deux — veille, rêve, apparition — typique de cette phase tardive.
Description plastique / stylistique
La composition se déploie sur un fond bleu sombre, presque abyssal, modulé par des passages plus clairs et des irisations vertes. Dans cet espace, plusieurs entités se détachent comme un cortège silencieux : à gauche, une forme anthropomorphe ramassée, au centre un volume arrondi qui semble suspendu, à droite une silhouette totémique verticale dont le geste accompagne une sphère lumineuse.
Le dessin circule librement : lignes nerveuses, spirales et ponctuations viennent souligner les contours et inscrire des « signes » dans la nuit. Certaines zones s’épaississent en pâte, d’autres restent fines et lavées, créant une profondeur atmosphérique plutôt qu’un espace construit. La gamme privilégie les verts et les turquoises, réchauffés par des touches ocre-rouge et des lumières jaune pâle qui donnent l’impression d’une phosphorescence interne.
Un motif central, proche d’un masque ou d’un crâne stylisé aux yeux sombres, installe une tension expressive. Il agit comme point de gravité, tandis que les autres formes s’enroulent en arcs souples. Malgré la fragmentation, l’ensemble conserve un rythme lisible : les lignes relient les corps, et les petites orbites lumineuses disséminées dans le fond maintiennent la cohésion du « théâtre » nocturne.
Analyse comparative / corpus voisin
Cette œuvre s’inscrit dans la famille des compositions de la fin des années 1960 où Breuillaud construit un théâtre de présences biomorphiques, éclairées de l’intérieur. La dominante bleu-vert et l’usage de halos lumineux renforcent une lecture cosmique ou sous-marine, fréquente dans le corpus à la charnière 1969–1970.
Par rapport à des pièces plus incandescentes, souvent dominées par les rouges, celle-ci se distingue par une atmosphère de veille silencieuse et par la coexistence de formes « totémiques » (verticales, presque architecturales) et de masses plus molles (ovales, membranes). Cette opposition entre ossature et fluidité, stabilité et mutation, constitue l’un des ressorts majeurs du vocabulaire tardif de l’artiste.
Justification de datation et d'attribution
La datation 1969 est confirmée par l’inscription « 69 » en bas à gauche et par la signature en bas à droite. Les caractéristiques stylistiques — gamme bleu-vert nocturne, halos internes, figures biomorphiques entre humain et organisme, tracés rehaussés de noir — correspondent pleinement au langage développé par Breuillaud à la fin des années 1960.
L’attribution est renforcée par la manière de faire naître la forme depuis le fond, par la circulation du dessin qui relie les entités et par la présence de masques aux yeux marqués, signes récurrents dans son œuvre tardive. L’ensemble se place avec cohérence dans un moment de bascule où la nuit devient le milieu principal de l’apparition.
Provenance / expositions / publications
Collection privée *
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
