Fiche technique
- Titre : Phosphènes
- Date : 1969
- Technique : Huile sur toile (HST)
- Dimensions : 37 x 45 cm
- Localisation : Collection privée
Contexte biographique / historique
Cette œuvre appartient au moment charnière de 1969, lorsque Breuillaud réintroduit la « nuit » picturale comme profondeur active, après des toiles plus claires et plus diluées. La scène se recompose alors en une constellation d’êtres autonomes, dissociés les uns des autres, comme si chaque figure portait son propre champ de forces.
Au sein de cette phase, l’artiste explore une peinture où l’espace ne se définit plus par la lumière ambiante, mais par une matière sombre, épaisse, susceptible de faire surgir des lueurs internes. Cette logique annonce les développements de 1970, où la nuit devient une membrane enveloppante plutôt qu’un simple arrière-plan.
Description plastique / stylistique
Le fond est un bleu-noir profond, traversé de passages verdâtres et de nuances brun-violacé. La surface, irrégulière et légèrement granuleuse, absorbe la lumière tout en laissant apparaître des zones d’émergence, comme des respirations dans l’obscurité.
Au centre, un grand disque bleu-vert, presque lisse, fonctionne comme un noyau. Autour de lui gravitent des figures biomorphiques : visages ronds aux yeux marqués, corps extensibles, bras filamenteux, petites excroissances. Les êtres ne composent pas une narration unifiée ; ils coexistent, chacun dans sa tension propre, reliés par des contacts discrets ou par des lignes qui semblent les aimanter.
De petites touches orange, rose ou jaune pâle apparaissent à l’intérieur des formes, comme des « phosphènes ». Ces lueurs internes ne modèlent pas les corps à la manière d’un éclairage extérieur ; elles signalent plutôt une vitalité enfermée dans la matière, renforçant l’impression d’un monde nocturne habité de présences silencieuses.
Analyse comparative / corpus voisin
Le retour à une dominante nocturne rapproche la toile d’AB-MP4-1969-001 (pastel nocturne) et de certaines pièces où la profondeur s’installe par saturation du bleu. Les filaments verts et les points lumineux annoncent aussi les solutions qui se systématisent en 1970, lorsque Breuillaud intensifie l’opposition entre obscurité et éclats internes.
Le motif du disque central évoque, par sa fonction de noyau, certaines compositions antérieures construites autour de « cellules » ou de centres orbitaux ; mais ici, le globe s’inscrit dans une scène plus fragmentée, où la communauté des êtres remplace la structure unique. Cette dispersion contrôlée situe l’œuvre au cœur des recherches de fin 1969.
Justification de datation et d'attribution
La date « 69 » visible en bas à gauche, associée à l’écriture de la signature, constitue un indice direct. La palette bleu-vert sombre animée de petites touches chaudes, ainsi que l’autonomie des entités biomorphiques, correspondent au langage que Breuillaud développe à la fin des années 1960, au moment où il prépare le basculement vers les grandes scènes nocturnes du début des années 1970.
L’attribution se confirme par la typologie des visages, par la manière de relier les figures au moyen de lignes souples et de transparences, et par le traitement de la nuit comme matière épaisse et vibrante. Ces caractères, récurrents dans le corpus, s’accordent avec une datation de 1969 tardif.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
