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Constellation de formes biomorphiques (1969)

AB-MP4-1969-003 Constellation de formes biomorphiques

Fiche technique

Contexte biographique / historique

Datée de 1969, cette peinture s’inscrit dans un moment où Breuillaud pousse plus loin la dématérialisation de la scène. Le champ pictural tend à devenir un milieu atmosphérique : la figure n’y disparaît pas, mais se dissout en signes et en organismes filiformes, comme suspendus dans une lumière diffuse.

Dans le corpus de la fin des années 1960, l’artiste alterne alors des compositions nocturnes, profondes et saturées, et des toiles plus claires où le jaune, l’ocre et les verts pâlis ouvrent l’espace. Cette oscillation nourrit une recherche sur la manière de faire émerger les êtres non par une narration, mais par la circulation de lignes, de halos et de petites concentrations de matière.

Description plastique / stylistique

Sur un fond largement ocré, proche d’un voile de lumière, Breuillaud dispose une « constellation de formes biomorphiques ». L’espace n’est pas construit par la perspective : il s’établit par nappes superposées, par transparences et par effacements qui laissent apparaître, comme en filigrane, des traces de passages antérieurs.

Au centre, une grande structure verdâtre, faite de courbes souples et de ramifications, organise la composition. Cette forme, à la fois corps et réseau, se prolonge vers le haut par un arc sombre, presque une membrure, qui relie plusieurs têtes ou masques schématisés. Les visages, réduits à des orbites et à quelques traits, semblent flotter plutôt que se fixer, comme des apparitions dans un milieu liquide.

La peinture mêle la ligne et la tache : des rehauts de rouge et des incisions fines traversent la surface, tandis que certaines zones se densifient en amas plus colorés. Dans l’angle inférieur droit, un noyau plus chargé — bleu, rouge, vert — agit comme un foyer d’énergie, contrastant avec les passages très dilués du reste de la toile. De petites coulures et des contours tremblés accentuent l’idée de métamorphose continue.

Analyse comparative / corpus voisin

La dominante jaune et l’ampleur des zones lavées rapprochent l’œuvre des « grands jaunes » de 1969 (notamment AB-MP4-1969-002 et AB-MP4-1969-003), où l’espace devient une atmosphère plutôt qu’un décor. Les silhouettes filamenteuses et les têtes réduites à des signes renvoient également aux recherches de 1967–1968, mais ici la scène s’allège : les formes se dispersent et perdent leur caractère de bloc.

Par contraste avec les compositions nocturnes de la même période, la lumière n’est plus un effet d’éclairage ; elle est la matière même du fond, contre laquelle les êtres se détachent à peine. Cette manière d’installer l’apparition par transparence prépare les reconfigurations plus sombres et plus denses qui s’affirment à l’orée de 1970.

Justification de datation et d'attribution

La date « 69 » portée en bas à droite et la signature en bas à gauche constituent les repères directs de datation. Sur le plan plastique, l’association d’un champ ocré très dilué, de tracés verts filamenteux et de petites concentrations colorées correspond au langage que Breuillaud développe en 1969, lorsqu’il fait alterner grandes toiles lumineuses et scènes plus profondes.

L’attribution se confirme par la typologie des visages-masques, par l’écriture de la ligne — à la fois nerveuse et flottante — et par la manière de faire naître les formes depuis l’intérieur du fond, sans contour fermé ni narration explicite, caractéristiques récurrentes de son vocabulaire tardif.

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud