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Silhouettes fantomatiques (1969)

AB-MP4-1969-002 Silhouettes fantomatiques

Fiche technique

Contexte biographique / historique

En 1969, Breuillaud explore une phase de perméabilité formelle où les compositions se déploient davantage sur la surface qu’elles ne se referment en noyaux. La lumière devient plus homogène, souvent jaune ou laiteuse, et les formes, tout en conservant l’écriture organique du MP4 tardif, se clarifient en silhouettes fantomatiques. Dans ce moment, la toile s’organise fréquemment selon une tension entre une zone nocturne et une zone lumineuse, comme si l’apparition des êtres dépendait d’une frontière. L’œuvre présente ainsi une scène d’émergence : une communauté de figures se constitue dans une nappe claire, sous la pression d’un ciel sombre qui agit comme profondeur cosmique.

Description plastique / stylistique

La composition est dominée par une vaste membrane jaune, légèrement verdissante, qui occupe l’essentiel de la surface et sert de champ d’apparition. Dans cette nappe lumineuse s’inscrivent des corps et des têtes aux yeux ovoïdes, reliés par un réseau de traits rouges et orangés d’une grande finesse, qui dessinent à la fois les contours et la circulation interne des formes. Certaines figures s’étirent en profils d’oiseaux ou en crânes allongés ; d’autres, plus massives, s’affaissent au premier plan dans des postures de repos ou d’abandon. En haut, une bande bleu-noir, dense, ponctuée de traces vertes et dorées, instaure une voûte nocturne ; de cette obscurité émergent des visages plus blafards, comme suspendus à la limite entre nuit et lumière. La matière picturale, granuleuse et parfois empâtée, retient la lumière sur le grain de la toile, tandis que la ligne rouge, continue et liquide, maintient l’unité d’un monde où chaque être semble glisser dans le suivant.

Analyse comparative / corpus voisin

Par la dualité entre membrane claire et zone nocturne, l’œuvre prolonge l’imaginaire des masques et des veilles déjà présent dans les compositions MP4 de 1966–1967, mais en le traduisant dans une atmosphère plus étale et plus lumineuse. La scène se distingue des noyaux circulaires fermés de la période 1965–1967 : ici, la lumière ne provient pas d’un centre incandescent, elle se répand sur toute la surface et transforme les figures en apparitions. Cette mutation correspond aux recherches de la fin de la décennie, où les êtres deviennent plus signaux que masses, et où la relation veille/sommeil, apparition/disparition, s’inscrit directement dans l’architecture jour/nuit de la toile. Le tableau annonce ainsi des développements ultérieurs fondés sur l’horizontalité et sur la diffusion d’une lumière interne, plutôt que sur la compression matricielle.

Justification de datation et d'attribution

La datation 1969 et l’attribution à Breuillaud se fondent sur plusieurs indices concordants. La prédominance d’une lumière jaune uniforme, les rehauts rouges filiformes et la présence d’une zone nocturne supérieure correspondent aux recherches menées par l’artiste entre 1968 et 1970, après la phase la plus dense du MP4. L’œuvre ne montre plus les masses circulaires typiques de 1965–1967, mais une membrane horizontale continue, signe d’un déplacement de la composition vers l’étale et le diffus. La signature au bas à droite, ainsi que l’annotation « 69 » visible au bas à gauche, renforcent la cohérence de la datation, tandis que l’ensemble des caractéristiques de ligne, de matière et de vocabulaire figuratif confirme l’attribution.

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud