Fiche technique
- Titre : Le Creuset du monde
- Date : 1967
- Technique : Huile sur toile (HST)
- Dimensions : 195 x 114 cm
- Localisation : Inconnue
Contexte biographique / historique
Datée de 1967, l’œuvre se situe au cœur de la phase MP4 tardive, au moment où André Breuillaud pousse à son point le plus dense l’esthétique de la « biologie imaginaire ». Après la présentation du corpus Pillement la même année, il accentue la dimension matricielle de ses compositions : la toile devient un lieu de fusion où les règnes, les visages et les corps ne s’additionnent pas mais se métamorphosent continuellement. Dans ce contexte charnière — juste avant l’apparition, à partir de 1968, de réseaux plus nettement cellulaires — Le Creuset du monde affirme l’ambition d’une cosmogonie organique : un monde en gestation, perçu comme une masse en ébullition où la naissance et la disparition relèvent d’un même mouvement.
Description plastique / stylistique
La composition, resserrée et saturée, présente une mêlée de formes anthropomorphes et de masques enchâssés dans un fond rouge-orangé incandescent. Une coulée centrale, aux tons vert laiteux et ivoire, sert de colonne vivante : des corps nus s’y plient, s’y retournent et s’y enchevêtrent, comme entraînés par une force interne qui les comprime et les relance. Autour de ce noyau clair, des poches d’ombre — bleus nuit, verts profonds, noirs violacés — accueillent des visages en négatif, aux yeux dilatés, qui semblent observer la scène depuis la périphérie. La ligne, souple et serpentine, relie les figures par un réseau continu de torsions, d’appendices et de contours vibrants ; la matière, faite de superpositions et de frottis, laisse affleurer une lumière intérieure qui donne aux formes l’aspect d’êtres à demi liquéfiés. L’ensemble produit l’impression d’un creuset : une chambre de combustion où la chair, le masque et la membrane appartiennent à une même substance.
Analyse comparative / corpus voisin
Par son organisation en noyau incandescent et par l’abondance de figures masquées, Le Creuset du monde prolonge les grands dispositifs MP4 de 1966 tout en les densifiant. La toile dialogue notamment avec AB-MP4-1966-006 (Identité des règnes) pour l’idée de fusion généralisée, et avec AB-MP4-1966-007 (Le jardin des masques) pour la prolifération des visages incrustés dans la matière. La saturation du champ, proche d’un « tout sur tout », renvoie aussi aux principes des dessins Cosmique I et II (1966), transposés ici dans une peinture plus chaude et tellurique. En même temps, la façon dont les formes se soudent en masses et en membranes annonce l’étape suivante : l’atomisation et la lecture cellulaire qui s’affirmera à partir de 1968.
Justification de datation et d'attribution
La datation et l’attribution à André Breuillaud reposent sur un faisceau d’indices convergents. L’œuvre est signalée dans le catalogue Pillement (1967), ce qui établit un repère documentaire direct. Sur le plan plastique, elle se situe dans la continuité immédiate des grands formats de 1966–1967 : palette d’ocres rouges et de verts acides, contraste entre zones nocturnes et foyers lumineux, silhouettes étirées et lignes ondulantes caractéristiques du MP4 tardif. Enfin, l’absence de segmentation en réseaux cellulaires ou tubulaires — qui deviendra structurante dès 1968 — confirme une position de seuil, propre à l’année 1967.
Provenance / expositions / publications
Catalogue Pillement, 1967 (référence principale).
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
