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Poulpe aux yeux de soie (1966)

AB-MP4-1966-001 Poulpe aux yeux de soie

Fiche technique

Contexte biographique / historique

En 1966, André Breuillaud franchit une étape décisive après la longue séquence 1961–1965, dominée par les expérimentations de chambre organique, les visions membranaires et une nocturnité bleutée. La phase dite MP4 s’ouvre alors comme un déplacement de l’espace intérieur vers une « figure-monde » plus ample : le tableau cesse d’être simple réceptacle d’apparitions pour devenir un milieu, un organisme global où circulent forces, tensions et métamorphoses.

Dans ce moment charnière, l’artiste densifie la matière et affirme un vocabulaire biologique qui se confond avec une cartographie mentale. Les séjours méridionaux évoqués pour cette année réactivent un rapport à la lumière qui n’abolit pas le fond sombre mais le travaille de l’intérieur, par irisations et foyers chromatiques. Poulpe aux yeux de soie s’inscrit dans cette reprise : une scène à la fois tactile, marine et cosmique, où les figures émergent comme depuis les profondeurs d’un globe en transformation.

Description plastique / stylistique

La composition s’organise autour d’une masse centrale sombre, sphérique et compacte, qui joue le rôle de noyau ou de planète liquide. Sa surface, saturée de bleus profonds et de violets pétrole, est parcourue de stries, de veines et de lignes nerveuses qui suggèrent des circulations internes plutôt qu’un simple fond.

Autour et dans cette sphère, des figures semi-humaines et semi-marines se déploient en extensions articulées. Les silhouettes, teintées de verts froids et de jaunes sulfureux, se relient par des filaments, comme si l’ensemble formait un réseau physiologique. Les yeux, ponctuations claires presque nacrées, fonctionnent comme des points d’accroche lumineux : ils ne décrivent pas un animal naturaliste, mais une présence polymorphe, centre de gravité d’un monde obscur.

La matière picturale, dense et granuleuse, est travaillée par superpositions, frottements et retraits. Les rares éclats clairs, disséminés dans la masse sombre, agissent comme des foyers internes et donnent au tableau sa respiration. Par ce mélange de cartographie cosmique, de réseau organique et de suggestion marine, la toile installe une vision d’écosystème en formation, à la frontière du paysage mental et de la géographie imaginaire.

Analyse comparative / corpus voisin

Par sa nocturnité dense et son principe de « sphère » centrale, l’œuvre prolonge certaines constructions des années 1963–1964, tout en s’en distinguant par une compacité nouvelle et par l’affirmation de connexions organiques entre les figures. Elle se situe aussi à distance des dynamiques plus éclatées de 1965 : ici, l’énergie ne se disperse pas, elle se concentre et se canalise autour d’un noyau.

Dans la logique interne de MP4, Poulpe aux yeux de soie annonce plusieurs toiles de 1966 qui explorent, chacune à sa manière, la cohésion sombre de l’arrière-plan et la suspension des corps. Le tableau apparaît ainsi comme un pivot : il met en contact la mémoire des membranes antérieures et l’expansion plus baroque qui culminera, la même année, dans les grandes synthèses du cycle.

Justification de datation et d'attribution

La datation en 1966 s’accorde avec la structure compacte et unifiée de la composition, caractéristique du premier segment MP4, et avec la dominance bleu-noir encore héritée des années précédentes, mais désormais animée par des ouvertures lumineuses internes. La densité minérale de la matière, le recours à une sphère-milieu et la présence de figures reliées en réseau constituent des marqueurs stylistiques concordants.

L’attribution à Breuillaud est confortée par la cohérence d’ensemble avec le vocabulaire formel du cycle MP4 tel qu’il est documenté, ainsi que par la mention de l’œuvre dans le catalogue Pillement (1967), où elle est reproduite.

Provenance / expositions / publications

Catalogue Pillement, 1967, reproduction en couleur, planche XII.

Probablement issu d’un ensemble cohérent présenté autour de la période MP4 (information à vérifier d’après les archives disponibles).

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud