Fiche technique
- Titre : Nuit bleue
- Date : 1955
- Technique : Huile sur toile (HST)
- Dimensions : 97 x 130 cm
- Localisation : Collection privée *
Contexte biographique / historique
En 1955, André Breuillaud franchit un seuil décisif : la scène reconnaissable (paysages, figures, épisodes de marché) cède la place à une peinture de structure, d’architecture mentale et de rythmes. Cette bascule ne signifie pas un abandon du réel, mais sa transposition : la ville, l’atelier, la fenêtre, la nuit deviennent des matrices de formes.
« Nuit bleue » s’inscrit dans cette phase de recomposition. Le titre, s’il est tardif ou fonctionnel, pointe la dimension atmosphérique de l’œuvre : une nocturne construite, où la lumière n’est plus descriptive mais intégrée au tissu même de la peinture.
Description plastique / stylistique
La composition se déploie sur un grand format horizontal, organisé par un réseau dense de segments et de facettes qui fait affleurer l’idée d’un espace bâti. Au centre, un ensemble rectangulaire plus clair suggère une façade ou un plan, tandis qu’un large arc sombre au premier plan agit comme une travée ou une courbe de circulation, ancrant l’image dans une profondeur paradoxalement plane.
La gamme chromatique privilégie les bleus (cobalt, outremer, bleu pétrole) et les violets, ponctués d’accents rouges et orangés qui dynamisent la surface. Les couches semblent superposées par reprises : sous les bleus, des plages plus chaudes transparaissent, comme si la nuit était construite par recouvrement plutôt que par assombrissement uniforme.
Le traitement, à la fois segmenté et pictural, conjugue deux régimes : d’un côté des aplats quasi mosaïqués, de l’autre des passages plus fluides, où la matière se fond et laisse des respirations. Cette alternance crée une tension entre « plan » et « profondeur », entre lecture architecturale et sensation lumineuse.
Analyse comparative / corpus voisin
Par rapport aux compositions antérieures encore appuyées sur le motif (paysages et scènes de travail du début des années 1950), l’œuvre déplace l’intérêt vers l’organisation interne : lignes, joints, travées, zones d’ombre et de lumière. On peut y voir une étape charnière entre une déconstruction cubisante du sujet et une abstraction structurale pleinement assumée.
Le tableau dialogue naturellement avec les autres recherches de 1955 sur papier, où le motif végétal ou biomorphique est réduit à des signes (ramures, arcs, ovales). Ici, ces signes se « minéralisent » : la ramure devient charpente, la clairière se mue en fenêtre lumineuse, et le fond nocturne fonctionne comme une trame.
Dans le corpus, « Nuit bleue » peut aussi être rapprochée des œuvres ultérieures où Breuillaud explore des compositions verticales et des silhouettes condensées : la grande courbe de premier plan et la centrale lumineuse annoncent une grammaire de formes récurrentes (arcs, seuils, axes).
Justification de datation et d'attribution
La datation à 1955 est cohérente avec la palette nocturne, l’accentuation du réseau structurant et l’abandon des repères narratifs directs. Le grand format et l’ambition constructive confirment une œuvre de maturité, située au cœur de la phase MP4.
L’attribution ne fait pas difficulté : la facture, la gamme chromatique et l’écriture linéaire correspondent aux manières attestées de Breuillaud à cette période, et se rattachent sans rupture aux œuvres voisines du milieu des années 1950.
Provenance / expositions / publications
Collection privée *.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
