Fiche technique
- Titre : Repos minéral aux formes organiques
- Date : 1965
- Technique : Technique mixte sur papier
- Dimensions : 50 x 65 cm
- Localisation : Collection privée *
Contexte biographique / historique
Au milieu des années 1960, Breuillaud poursuit l’exploration d’un univers biomorphique où le corps, la roche et le végétal semblent appartenir à une même matière. Les œuvres sur papier de ce format (50 × 65 cm), souvent travaillées en couches successives et par frottis, constituent un laboratoire : la ligne y teste des silhouettes, tandis que les aplats colorés installent une atmosphère plus mentale que descriptive. Dans ce contexte, la date 1965 correspond à une phase de stabilisation du langage organique apparu l’année précédente : la figure s’y simplifie, gagne en volume et en densité, et la composition se resserre autour d’un noyau central, comme une scène intérieure.
Description plastique / stylistique
La composition est construite comme un bas-relief : une grande forme claire, ivoire et sable, occupe la majeure partie du champ, enchâssée dans une zone sombre bleu-vert qui agit comme un écrin. Autour, une bordure brun-rouge enveloppe l’ensemble, créant un effet de cadre interne et renforçant l’impression de chambre ou de cavité.
À gauche, un volume vertical évoque un masque ou une tête sans regard, réduit à quelques reliefs adoucis ; sous ce bloc, un second module rectangulaire, plus bas, redouble l’idée d’élément architecturé. Au centre et vers la droite, le grand organisme clair se déploie en arcs et en replis : une courbe principale dessine une diagonale souple, proche d’un corps allongé, tandis qu’une série de rondeurs et de renflements suggèrent des points d’appui, des articulations, ou des nodules minéraux. Un fin contour verdâtre, parfois doublé d’une ligne plus sombre, maintient les masses en tension et donne aux volumes une qualité presque “moulée”.
Le traitement de surface alterne estompe, frottis et reprises linéaires. Les passages clairs sont modelés par des ombres chaudes (ocres, rosés, bruns), comme si la matière avait été patinée. Les zones bleu-vert, plus profondes, comportent des griffures et des filaments de traits qui animent la pénombre. Quelques accents verts, au centre supérieur et dans les interstices, insinuent une pulsation végétale, mais sans basculer vers la narration : tout reste pris dans une logique d’empreinte et de métamorphose.
Analyse comparative / corpus voisin
Cette œuvre dialogue avec les compositions biomorphiques du début des années 1960, où Breuillaud installe des “théâtres” de formes : une scène fermée, des masses flottantes, des silhouettes en cours d’apparition. Par rapport aux feuilles de 1964, souvent plus heurtées, plus linéaires et plus nerveuses, la présente composition privilégie une continuité tactile : les contours se font moins incisifs, les volumes plus unifiés, comme si la figure était sculptée dans une même pâte.
Elle se distingue également des œuvres ultérieures, à la fin des années 1960 et au tournant de 1970, où la palette s’intensifie et où surgissent des signes plus explicites (yeux, orbites lumineuses, entités multipliées dans l’espace). Ici, l’imaginaire est contenu : deux ou trois blocs suffisent à instaurer une présence. La tension provient moins de la profusion que du rapport “corps–écrin” : une masse claire, vulnérable, contre un champ nocturne qui la serre.
L’analogie minérale annoncée par le titre de commodité se justifie par la sensation de galet poli et de fossile : renflements, replis, cavités, lignes d’oxydation. En même temps, la plasticité des courbes maintient l’ambiguïté du vivant — un repos qui pourrait être celui d’un organisme, d’une pierre chauffée, ou d’une figure endormie.
Justification de datation et d'attribution
La datation 1965 est cohérente avec un moment charnière situé entre les recherches très structurées de 1964 (scènes biomorphiques à forte présence du dessin) et l’ouverture plus cosmique et plus chromatique de la fin de la décennie. La composition resserrée, l’usage d’un “écrin” sombre autour d’une masse claire, ainsi que le modelé par frottis et patine, relèvent d’une logique d’atelier caractéristique du milieu des années 1960. Le format 50 × 65 cm, fréquent dans cette séquence, renforce l’hypothèse d’une production de série sur papier, où la variation porte sur la densité des formes et la température de la palette.
