Fiche technique
- Titre : Arcanes
- Date : 1965
- Technique : Huile sur papier (HSPap)
- Dimensions : 50x65
- Localisation : Inconnue
Contexte biographique / historique
Dans la continuité des grandes planches monochromes de 1965, Breuillaud introduit ici un titre rare dans son corpus : Arcanes. Le mot oriente la lecture vers une zone cachée, une profondeur du vivant et de l’imaginaire où les formes semblent surgir, hésiter, puis se défaire. Cette période voit l’artiste quitter les seules images d’enveloppe et de gestation pour approcher une dramaturgie plus trouble : la matière devient récit, non par anecdote, mais par la tension entre apparition et effacement, entre figure et dissolution.
Description plastique / stylistique
Le champ sombre, abrasé de frottages, est parcouru de figures hybrides qui se détachent en clair, comme arrachées au fond. Au centre, une forme anthropomorphe domine par son poids spectral : tête-masque et buste luminescent s’y articulent, tandis qu’un bras s’étire vers la gauche et que d’autres membres s’esquissent, suspendus. Autour, des fragments de corps, des têtes larvaires et des silhouettes en torsion apparaissent par touches, parfois réduits à un contour et à une cavité blanche. Les réserves du papier, plus franches que les demi-teintes, donnent l’impression de chambres internes ou d’organes fossilisés. Les griffures et hachures, très présentes, ne stabilisent pas la scène : elles la maintiennent dans un état de flux, comme si la figure centrale aimantait un désordre périphérique sans jamais le contenir.
Analyse comparative / corpus voisin
Arcanes occupe une position charnière parmi les planches MP3 de 1965 : plus figuratif que Mouvement brownien (AB-MP3-1965-002), il conserve cependant la même vibration du fond et la même logique de dispersion. À l’inverse, la hiérarchie implicite créée par la figure centrale l’éloigne de L’espace intérieur (AB-MP3-1965-005), où la multiplicité l’emporte sur toute domination. Par son climat plus hanté et ses silhouettes déjà mordantes, l’œuvre prépare la montée vers 1966, lorsque les organismes se durciront et que les extrémités se feront plus griffues, tout en prolongeant, sous une forme plus instable, les créatures spectralisées visibles dans certains travaux des années 1962–1963.
Justification de datation et d'attribution
La datation en 1965 est cohérente avec le noir granuleux et le rendu abrasé du papier, typiques des séries reproduites dans Pillement. Les figures demeurent encore organiques et plastiquement souples, mais l’agressivité naissante des silhouettes et l’usage appuyé des incisions indiquent une étape de transition à l’intérieur de MP3, antérieure aux durcissements de 1966. La signature lisible sur la reproduction, associée à cette typologie formelle, permet de soutenir l’attribution à Breuillaud.
Provenance / expositions / publications
Reproduit dans Pillement, Visages du Monde, 1967, dans la section « Mutation Plastique ». Localisation actuelle non documentée ; probable collection privée.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
