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Mouvement brownien (1965)

AB-MP3-1965-002 Mouvement brownien

Fiche technique

Contexte biographique / historique

En 1965, au cœur des planches de la « Mutation Plastique » (MP3), Breuillaud privilégie le papier pour éprouver une écriture plus sèche et plus immédiate, capable d’enregistrer l’instabilité des formes. Le titre, emprunté à l’idée d’une agitation microscopique incessante, sert ici de métaphore : ce n’est pas un programme scientifique, mais une manière de nommer la mobilité interne qui traverse ses organismes. Après les grandes gestations membranaires de 1963–1964, la matière n’est plus seulement enveloppe ; elle se désagrège, s’entrechoque, se recompose par sursauts, comme si le dessin cherchait à capter l’énergie même de la transformation.

Description plastique / stylistique

Sur un fond gris-noir uniformément frotté, un essaim d’éléments organiques occupe tout le champ sans point d’arrêt. Des masses arrondies, des appendices et des segments serpentins s’imbriquent en un continuum instable, tandis que la réserve du papier, laissée vive et luisante, sculpte des volumes comme gonflés d’air ou de liquide. Le trait, tantôt incisé, tantôt estompé, relie ces fragments par une trame nerveuse qui évoque à la fois des conduits et des faisceaux de tensions. À droite, une forme plus compacte, presque museau ouvert, introduit un accent de menace ; ailleurs, des cavités claires et de petites sphères ponctuent le mouvement, comme des noyaux ou des chambres internes. L’ensemble donne l’impression d’un milieu sans gravité où chaque figure se déplace, se contorsionne et dérive, portée par une agitation continue.

Analyse comparative / corpus voisin

La planche appartient au noyau des œuvres MP3 de 1965 reproduites par Pillement, et dialogue étroitement avec L’envers du miroir (AB-MP3-1965-001) par son monde saturé de formes, tout en poussant plus loin l’idée de dispersion. Par rapport à Arcanes (AB-MP3-1965-003), plus dramatisé et plus anthropomorphe, Mouvement brownien privilégie la dérive des fragments et l’absence de centre stable. Les grandes réserves lumineuses et la circulation des lignes annoncent, en germe, la nervosité accrue des travaux de 1966, lorsque les réseaux se feront plus « électriques » et que les silhouettes gagneront en agressivité.

Justification de datation et d'attribution

La datation en 1965 s’accorde avec le médium (huile sur papier) et avec l’aspect granuleux du frottage sombre, caractéristique des planches MP3 de cette année. La présence d’un réseau linéaire fin, incisé dans la matière, et d’un noir plus profond que dans les œuvres de 1964 confirme une phase plus tendue et plus mobile. Le titre et la typologie formelle – agitation, éclatement des unités, dérive des volumes – s’inscrivent pleinement dans la logique de la série, et la signature visible sur la reproduction soutient l’attribution à Breuillaud.

Provenance / expositions / publications

Reproduit dans Pillement, Visages du Monde, 1967, dans la section « Mutation Plastique ». Localisation actuelle non documentée ; probablement en collection privée.

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud