Fiche technique
- Titre : Formes étranges
- Date : 1959
- Technique : Huile sur toile (HST)
- Dimensions : 73x92
- Localisation : Collection privée
Contexte biographique / historique
En 1959, Breuillaud traverse une phase de transition essentielle : la mosaïque colorée héritée de MP2 se dissout progressivement au profit d’entités plus souples, organiques, dotées d’une présence quasi corporelle.Cette période correspond à ce que l’on peut appeler la genèse du proto-organique, lorsque la couleur cesse d’être simple cellule pour devenir volume, chair, pulsation.Les grands formats de 1959–1960 — dont Formes étranges constitue un jalon significatif — témoignent de cette montée vers le charnel abstrait, où l’artiste explore l’ambiguïté entre forme humaine, organisme vivant et métamorphose intérieure.
Description plastique / stylistique
La composition présente une figure centrale verticale, d’un rose orangé dense, dont les contours restent volontairement instables. Le corps apparaît comme en fusion, animé d’une vibration interne portée par des touches serrées et une matière épaisse.Des zones sombres — noirs, verts profonds, violets — marquent des cavités, des fentes, des zones d’ombre qui évoquent autant des yeux, des orifices organiques, que de simples points de bascule chromatique.Le fond jaune-ocre très lumineux enveloppe la figure d’un halo chaud, donnant l’impression que l’ensemble émerge d’une atmosphère opaque, presque amniotique.La fragmentation en cellules subsiste, mais elle n’est plus structurante : elle flotte, se dissout, se fond dans l’ensemble. La figure centrale semble ainsi en état de mutation, oscillant entre corps, spectre et organisme en formation.
Analyse comparative / corpus voisin
Cette œuvre se situe à mi-chemin entre les micro-entités de petits formats (AB-MP3-1959-002, 003) et les grandes masses énergétiques telles que AB-MP3-1959-005.Par sa verticalité, sa densité charnelle et ses zones d’ombre accentuées, elle annonce directement certains travaux de 1960 et 1961 dans lesquels Breuillaud explore des silhouettes organiques en pleine expansion (formes ascendantes, corps-membranes, etc.).Par rapport aux Terres de Roussillon ou aux compositions géologiques du même millésime, l’œuvre est plus incarnée, plus ambiguë, plus proche d’une présence humaine métamorphosée, tout en restant strictement non figurative.
Justification de datation et d'attribution
La datation 1959 s’appuie sur : – la palette chaude (roses, orangés, jaunes) contrebalancée par des ombres vert-noir, typique des huiles de cette année ;– la texture épaisse, nerveuse, encore très MP3 ;– la présence de formes verticales charnelles qui annoncent 1960 mais conservent la fragmentation héritée de 1958–59 ;– la mention CSV (« mutation charnelle / proto-organique »), parfaitement cohérente avec l’analyse de l’image ;– la signature rouge en bas à gauche, conforme aux usages de l’artiste à cette période.
Cette oeuvre est signée au recto et datée 60 ; par contre elle est signée, titrée et datée au dos 1959. On peut penser qu'elle a été définitivement achevée en 1960.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
