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Nébuleuse chromatique (I) (1959)

AB-MP3-1959-002 Nébuleuse chromatique (I)

Fiche technique

Contexte biographique / historique

En 1959, Breuillaud développe une famille d’œuvres que l’on peut qualifier de « nébuleuses » : la composition n’y est plus organisée par une ossature architecturée, mais par l’agrégation de fragments chromatiques, comme une constellation en formation. Le choix du pastel contribue à cette esthétique : le médium permet des superpositions poudreuses, des transitions veloutées et une luminosité diffuse. « Nébuleuse chromatique (I) » apparaît ainsi comme une proposition programmatique, où la peinture devient un champ de particules colorées, tenu ensemble par quelques lignes de force. Le fond, laissé largement apparent, agit comme une réserve de lumière : il permet aux fragments de « flotter » et donne au regard un espace de circulation.

Description plastique / stylistique

Sur un fond clair, légèrement jaunâtre, une masse flottante occupe le centre : elle est composée de petites plages de couleurs juxtaposées (orangés, mauves, bleus gris, verts discrets), séparées ou liées par des traits plus sombres. Les contours sont volontairement instables : certains fragments s’effilochent dans le fond, d’autres se détachent par contraste, produisant une sensation de vibration. Quelques rehauts plus vifs — touches vertes, accents plus saturés — animent la surface sans imposer de hiérarchie centrale. La granularité du pastel est visible : frottements, estompes et superpositions créent des zones de brume, comme si la forme se construisait dans une atmosphère. L’ensemble conserve un équilibre léger, où le vide du fond joue un rôle actif dans la perception de la « nébuleuse ». Les lignes noires ne ferment jamais complètement les formes : elles fonctionnent comme une armature mobile, laissant les couleurs se dilater ou se dissiper dans le champ clair.

Analyse comparative / corpus voisin

Cette œuvre peut être rapprochée des expérimentations contemporaines à l’huile où Breuillaud condense la couleur en noyaux tourbillonnants : le principe formel est similaire, mais le pastel permet ici une dissolution plus douce des limites et une lumière plus diffuse. Par rapport aux néomorphoses de 1958, la structure se fait moins verticale et moins « dessinée » : la forme n’est plus cernée, elle se disperse et se recompose par fragments. « Nébuleuse chromatique (I) » ouvre ainsi un registre plus atmosphérique, tout en conservant la logique de recouvrement et de métamorphose propre à la fin des années 1950. La série des « Nébuleuses chromatiques » peut ainsi être comprise comme un aboutissement provisoire : après les réseaux et les néomorphoses, la forme n’est plus cernée ni charpentée, elle devient événement atmosphérique.

Justification de datation et d'attribution

La signature « Breuillaud » est lisible en bas à gauche et le millésime « 59 » apparaît en bas à droite, ce qui établit la datation. L’attribution est confirmée par le vocabulaire plastique caractéristique : agrégation de fragments, contrastes doux, et recherche d’une forme en suspension. Le recours au pastel, très cohérent avec cette esthétique de brume colorée, renforce encore l’inscription de l’œuvre dans le corpus de 1959.

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud