Fiche technique
- Titre : Non titré
- Date : 1958
- Technique : Huile sur toile (HST)
- Dimensions : 54x63
- Localisation : Collection privée
Contexte biographique / historique
En 1958, André Breuillaud prolonge la dynamique engagée l’année précédente : à partir de structures encore héritées d’une logique constructive, il fait basculer la composition vers un champ plus « all-over », où la peinture devient un réseau de circulations internes. Le fond bleu, très présent à cette période, n’est plus seulement un arrière-plan : il agit comme une atmosphère, un espace mental dans lequel s’inscrivent des trajectoires, des chocs chromatiques et des apparitions de formes. Cette « Composition (réseau sur fond bleu) » témoigne de cette recherche d’un équilibre entre charpente et flux, entre lisibilité architectonique et énergie gestuelle.
Description plastique / stylistique
Sur un format horizontal, un bleu profond — proche de l’outremer — installe une nuit colorée, dense et vibrante. Par-dessus, Breuillaud tisse un maillage de lignes courbes et d’arcs rouges, orangés et brunis, parfois ourlés de vert. Ces tracés ne décrivent pas un motif unique : ils se croisent, se superposent et se relancent comme une circulation nerveuse, avec des variations de densité qui créent des zones d’embrasement et d’autres plus respirées. Au centre, une colonne de rectangles et de plans plus clairs (gris, mauves, bleus atténués) joue le rôle d’un pivot : elle stabilise l’ensemble sans interrompre le mouvement général. La matière reste lisible : couches mates, reprises, frottis et rehauts laissent apparaître une construction par additions successives. Par endroits, les lignes semblent se transformer en fragments de plans, comme si le réseau hésitait entre écriture calligraphique et construction en mosaïque ; cette ambivalence fait la tension poétique du tableau.
Analyse comparative / corpus voisin
L’œuvre se rattache aux compositions de 1957–1958 où l’artiste combine une ossature en « panneaux » avec des rubans sinueux et des signes circulaires (notamment les pièces de 1957 et les variations de 1958 à dominante froide). Ici, le réseau devient plus autonome : la ligne ne sert plus seulement à articuler des plans, elle devient le sujet même de la peinture. Cette orientation annonce les recherches ultérieures vers des formes plus organiques, où la circulation interne — spirales, boucles, recouvrements — s’affirme au détriment des repères architecturaux. Le contraste entre fond bleu « atmosphérique » et tracés chauds renvoie également à une problématique de profondeur non perspective : la distance se joue ici par intensité et par recouvrement, plutôt que par horizon.
Justification de datation et d'attribution
La datation 1958 est cohérente avec la palette (bleu sombre contre chauds saturés), avec la coexistence d’un axe central structurant et d’un maillage gestuel en expansion, caractéristiques des œuvres de cette année. La signature n’est pas lisible sur la reproduction fournie ; l’attribution repose sur la cohérence stylistique et technique (organisation des plans, traitement de la matière, gamme chromatique) et sur l’inscription logique de cette composition dans la séquence 1957–1959.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
