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Paysage rouge (1957)

AB-MP2-1957-005 Paysage rouge

Fiche technique

Contexte biographique / historique

Réalisé en 1957, « Paysage rouge » appartient au cycle MP2, période où Breuillaud radicalise ses équivalences entre paysage et construction picturale : un espace n’est plus donné par l’horizon, mais par la répartition des masses, des rythmes et des tensions colorées.

Le terme « paysage » renvoie ici à une sensation plus qu’à une description. L’œuvre explore l’idée d’un champ incandescent, où la chaleur chromatique devient le moteur de la composition et transforme les formes en signes flottants.

Description plastique / stylistique

Le tableau est dominé par une étendue rouge-orangé qui semble à la fois support et matière : elle enveloppe les formes, les absorbe, puis les laisse réapparaître par endroits. Des rubans courbes et des îlots de couleur plus froide (verts, bleus, mauves) émergent comme des strates sous-jacentes.

La construction repose sur des recouvrements successifs : certaines zones paraissent « grattées » ou reprises, révélant des modulations et des transparences. De petites ponctuations sombres et des arêtes vertes ou bleuâtres scandent le champ rouge, comme des accrocs qui empêchent la surface de se fermer en monochrome.

L’espace demeure volontairement instable. Les bandes courbes suggèrent un mouvement d’onde ou de reflux, tandis que les plans obliques et les aplats disjoints introduisent une lecture en profondeur sans jamais constituer une perspective.

Analyse comparative / corpus voisin

Dans le corpus de 1957, cette toile se distingue par la quasi-saturation chaude, là où d’autres œuvres du cycle MP2 conservent un fond froid (bleus, violets) plus nettement séparé des formes. Ici, la couleur dominante agit comme un climat, unifiant la composition.

Comparée à « Barbare » (AB-MP2-1957-004), la segmentation y est moins « jointée » et plus fondue : la forme se dissout davantage dans la couleur, au profit d’un continuum rouge modulé. Cette variante met en évidence la souplesse de la méthode de Breuillaud, capable d’alterner entre construction par facettes et enveloppement par champ chromatique.

Les œuvres de 1958 consacrées aux « Vignes en automne » prolongent certaines solutions : arcs et rubans persistent, mais ils s’ordonnent progressivement en signes plus lisibles du motif, là où « Paysage rouge » demeure au seuil de l’abstraction purement atmosphérique.

Justification de datation et d'attribution

La datation à 1957 s’accorde avec la place de la toile dans le cycle MP2 : chromatisme intense, formes courbes segmentées, et méthode de recouvrement qui construit la profondeur par strates plutôt que par dessin.

La signature est visible sur la reproduction. L’attribution repose sur la cohérence de la facture (aplats modulés, reprises, contours colorés) et sur la parenté immédiate avec les autres compositions de 1957 conservées dans le corpus.

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud