Fiche technique
- Titre : Rêve d’enfant
- Date : 1957 (circa)
- Technique : Huile sur toile (HST)
- Dimensions : 38x61 cm
- Localisation : Collection privée
Contexte biographique / historique
Autour de 1957, Breuillaud accentue une abstraction plus imagée, où surgissent des allusions au masque, au visage, à l’animal ou à l’assemblage d’objets. « Rêve d’enfant » (daté circa) appartient à cette zone de bascule entre signe et figure : l’artiste ne revient pas à la représentation, mais il laisse affleurer une iconographie mentale, proche du songe et du jeu, comme si la toile enregistrait des associations d’idées plutôt qu’un motif stable. Cette période voit aussi une attention accrue au pouvoir narratif des titres : ils guident la lecture sans la fixer, et laissent au spectateur le soin de relier les formes entre elles. Dans ce contexte, Breuillaud travaille la mémoire des formes élémentaires (œil, profil, bouche, corne, aile), traitées comme des modules, recomposés sur une trame mosaïquée qui conserve quelque chose du dessin enfantin : simplification, frontalité, et intensité des contrastes.
Description plastique / stylistique
La composition se présente comme un grand ovale central, à la fois cadre et « visage ». Deux formes circulaires évoquent des yeux, un triangle clair suggère un nez, et des surfaces latérales plus sombres peuvent rappeler des joues, des appendices ou des oreilles stylisées. Breuillaud articule ces signes sur une trame de plans colorés emboîtés, comme un puzzle : turquoises, verts d’eau, roses, orangés, bruns et bleus profonds. Des contours plus foncés stabilisent l’assemblage et servent de charnières entre les fragments, tandis que certains aplats, volontairement irréguliers, laissent apparaître des reprises de pinceau et des repentirs discrets. Le contraste entre le fond bleu et la zone centrale plus chaude renforce l’impression d’apparition ; inversement, les zones plus sombres « retiennent » la forme et évitent l’anecdote. La matière, relativement lisse, est néanmoins vivante : frottis, transparences et superpositions modulent les volumes et donnent aux signes une présence tactile.
Analyse comparative / corpus voisin
Le principe du « visage‑structure » rapproche cette œuvre de plusieurs compositions de Breuillaud où l’on devine une figure sans narration, par simple agencement de signes. À la différence des paysages urbains contemporains, « Rêve d’enfant » substitue à la verticalité des façades une organisation centrée, quasi totemique, qui renvoie à un registre plus intérieur. On peut aussi la mettre en regard des travaux de mouvement (ellipses, rotations) : ici encore, l’ovale joue un rôle d’armature, mais il ne déclenche pas un tourbillon ; il sert de champ d’inscription à une constellation de formes. Cette tension entre stabilité (l’ovale, la symétrie relative) et dérive (les fragments, les décalages) correspond bien à l’idée de rêve : un ordre se construit, mais demeure mobile. Enfin, la gamme chromatique — alternant tons acidulés et réserves plus sourdes — annonce certaines recherches de la fin des années 1950, où Breuillaud combine mosaïque de plans et signes plus nettement hiérarchisés.
Justification de datation et d'attribution
La datation « 1957 (circa) » s’accorde avec l’évolution chromatique et formelle observée dans les œuvres de la fin des années 1950 : fonds plus unifiés, signes plus lisibles, et mise en avant de structures ovales ou centrales. L’œuvre est signée en bas à droite ; l’écriture de la signature correspond aux autres signatures connues de Breuillaud. Le titre, la construction par modules et l’équilibre entre abstraction et allusion figurative renforcent l’attribution au peintre. Le choix d’une huile sur toile, à ce format, correspond par ailleurs à des pièces de recherche plus « abouties » que les cartons d’étude, ce qui est cohérent avec l’ambition de synthèse visible dans la composition.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
