Fiche technique
- Titre : Pigalle la nuit (II)
- Date : 1954
- Technique : Huile sur toile (HST)
- Dimensions : 130x89
- Localisation : inconnue
Contexte biographique / historique
Après les marchés, les rues, les scènes diurnes, il bascule dans un nocturne urbain très construit, où le quartier de Pigalle devient prétexte à une exploration des structures profondes de la ville. Le contexte parisien — lumières artificielles, ombres portées, géométrie des façades — nourrit une peinture qui n’est plus figurative qu’en arrière-plan. Par rapport au premier volet, Pigalle la nuit II accentue l’abstraction en poussant plus loin la compression des masses.
Description plastique / stylistique
La vision n’est plus descriptive mais mentale, proche d’un cubo-expressionnisme tardif. L’œuvre se construit en verticales imbriquées, comme si les immeubles étaient devenus des colonnes internes, des plans superposés, des parois translucides. La palette froide — verts nocturnes, bleus profonds, ocres éteints — instaure une atmosphère presque organique, où les volumes semblent respirer.
Au centre, un axe vertical dominant organise la lecture : succession de rectangles modulés, alternances de mats et de brillances, glissements progressifs de tons. L’espace n’est pas réaliste, mais polyphasé : façade, rue, intérieur et reflets semblent se superposer dans un même plan. Les traces humaines sont réduites à des indices (vibrations de couleurs, silhouettes fragmentaires), presque dissoutes dans la structure.
Là où I proposait une écriture lumineuse et diagonale, II privilégie une verticalité quasi architectonique.
Analyse comparative / corpus voisin
Pigalle la nuit I et II forment un diptyque conceptuel : deux tentatives successives pour extraire, non plus l’anecdote, mais l’architecture invisible du lieu. Comparée à Pigalle la nuit I, cette seconde version est plus intérieure, plus méditative, moins éclatée chromatiquement. Pigalle la nuit II marque donc une étape-pivot : fermeture du cycle urbain figuratif et glissement vers le langage plus abstrait de la période suivante.
Justification de datation et d'attribution
En 1954, Breuillaud atteint la fin d’un cycle narratif et plastique entamé à Montmartre à la fin des années 1940. On observe des liens directs avec : — les derniers marchés (MP2M 1951), qui expérimentaient déjà la compression du champ visuel ; — certaines toiles de 1953 (Rue Lepic N&B), où l’espace devient un réseau d’encoches, de lignes brisées ; — plusieurs compositions à venir dans MP3 (1955–1956), où Breuillaud poussera encore plus loin ce langage de blocs et d’interstices. La datation 1954 est soutenue par : — la parenté immédiate avec Pigalle la nuit I (mêmes tensions colorées, mêmes structures), — la logique de transition entre les grandes compositions urbaines de 1953 et l’entrée dans MP3, — les indices stylistiques : déstructuration frontale, géométrisation des façades, palette nocturne spécifique à cette année.
Elle se place donc à la toute fin du Livre I, juste avant la bascule vers les années 1955–1958. — Reproduite dans divers corpus photographiques de la période Pigalle. — Cohérence de style confirmée par comparaison interne avec les séries MP2M et MP3.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
