Fiche technique
- Titre : Rue Lepic
- Date : 1953
- Technique : Huile sur toile (HST)
- Dimensions : 55x46
- Localisation : Inconnue
Contexte biographique / historique
En 1953, Breuillaud vit encore pleinement son immersion montmartroise, bien qu’il alterne désormais séjours parisiens et passages réguliers en Provence. La série des « marchés de 1951 » a ouvert un cycle d’exploration urbaine intense : rues, étals, silhouettes anonymes, rythmes de la foule.
1953 marque un infléchissement important : l’artiste complexifie sa structure géométrique, durcit les contrastes et développe une écriture plus nerveuse, presque graphique. Cette œuvre, reproduite dans le Catalogue Pillement (1967), constitue un jalon essentiel du passage du colorisme fragmenté des années 1950 au réseau structural plus anguleux et tendu de MP3.
Description plastique / stylistique
La composition est dominée par un faisceau de lignes verticales et obliques structurant une rue dense, envahie de silhouettes compactes.
Le traitement en noir et blanc — rare dans la production de cette période — renforce l’effet de saturation urbaine : masses sombres, murs éclatés, tracés secs, silhouettes réduites à des volumes incertains.
Le visage de la rue est reconstruit en blocs, comme une architecture fracturée dont les figures deviennent presque indissociables du décor.
La touche est courte, heurtée ; les plans s’imbriquent comme un échafaudage.
Dominent :
• une trame vibratile rappelant certains travaux de la peinture française d’après-guerre (Manessier, Le Moal),
• un graphisme noir qui anticipe la tension gestuelle du début de MP3,
• une réduction volontaire des contrastes pour mieux faire ressortir l’ossature du motif.
Analyse comparative / corpus voisin
Cette rue Lepic en N&B occupe une position charnière entre :
• les marchés colorés de 1951 (MP2M) : foule fragmentée, silhouettes frontales, palette vive ;
• les compositions plus abstraites de 1954-1955 : lignes dynamiques, masses resserrées, montée vers MP3.
Par rapport aux trois autres « Rue Lepic » (AB-MP2M-1951-002/003/004), celle-ci est la plus compacte, la plus construite, la plus dramatique.
Elle partage avec AB-MP2M-1951-004 (Rue Lepic II en N&B) le goût du modèle monochrome, mais le présent tableau pousse plus loin la dématérialisation du sujet, réduisant la rue à un entrelacs presque calligraphique.
Justification de datation et d'attribution
Datation cohérente par :
• sa mention dans le Catalogue Pillement (1967), classée dans les années 1953,
• sa structure interne beaucoup plus dense que celle des marchés 1951-1952,
• l’usage du N&B, typique des expérimentations 1953-54 sur les foules urbaines,
• la signature et le format récurrent dans la série « Montmartre tardif ».
Provenance / expositions / publications
• Reproduit dans Catalogue Pillement, Paris, 1967, section « Rue Lepic ».
Source iconographique : reproduction en noir et blanc conforme au tirage Pillement.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
