Fiche technique
- Titre : Scène d’automne
- Date : 1939
- Technique : Huile sur toile
- Dimensions : 35 × 55 cm
- Localisation : Collection privée*
Contexte biographique / historique
À la veille de la guerre, Breuillaud développe une veine rurale où le quotidien paysan devient un motif de gravité douce. Dans ces œuvres, l’artiste ne cherche pas l’anecdote folklorique ; il fixe des rythmes lents, des gestes ordinaires, et un rapport organique à la terre. Le monde agricole, avec ses attelages, ses charrettes et ses arbres noueux, apparaît comme un contrechamp à l’instabilité du temps.
Scène d’automne s’inscrit dans ce mouvement. Le tableau condense une saison et une atmosphère plus qu’un récit. L’espace est traité comme un théâtre rustique : quelques figures, un attelage, un chemin et des arbres suffisent à installer un climat de fin d’année, où la vie se poursuit dans une économie de moyens et une sobriété presque méditative.
Description plastique / stylistique
La composition est dominée par une frise de grands arbres aux troncs massifs. Leurs branches se déploient en courbes serpentines et dessinent, sur toute la largeur, une charpente graphique qui organise l’espace. Cette architecture végétale donne au tableau sa tension principale : elle relie les différents motifs et maintient une unité malgré la diversité des scènes.
Au premier plan, à gauche, une jeune femme assise sur un tronc, vue de profil, introduit une note contemplative. Sa robe claire se détache des tonalités vert-brun du sol, et son immobilité répond à la lenteur générale. Au centre, un attelage de bœufs rouges avance, pris dans un modelé charnel. La masse animale est traitée avec un sens du poids et de la traction ; les rouges bruns, les ombres violacées et les rehauts plus clairs font sentir la musculature et la chaleur du corps.
À droite, une charrette à grandes roues, chargée, est conduite par une figure sombre ; une seconde silhouette, proche de l’arrière-plan, complète la scène. Les personnages sont volontairement réduits : ils existent comme présences, sans détail psychologique appuyé, afin de maintenir la primauté du rythme et de l’atmosphère.
La lumière provient d’un ciel bas, laiteux. Elle diffuse des gris bleutés et des ocres froids qui enveloppent le paysage et accentuent l’impression d’automne. La matière est épaisse, posée en touches visibles. L’espace est légèrement aplani, presque décoratif, mais jamais abstrait : la profondeur se construit par la répétition des arbres et par l’enfoncement du chemin, plus que par un rendu perspectif strict.
Analyse comparative / corpus voisin
Scène d’automne appartient à l’ensemble des scènes rurales de la fin des années 1930, où Breuillaud associe une construction par masses à une dimension plus narrative, sans jamais basculer dans l’illustration. Le traitement des arbres, véritables colonnes vivantes, rappelle son intérêt constant pour l’architecture des formes naturelles : ils deviennent ici des acteurs qui encadrent et portent la scène.
Par rapport aux paysages provençaux plus synthétiques de la même période, l’œuvre conserve une pâte plus charnelle et un goût pour le récit minimal. Elle annonce aussi, par la place donnée aux lignes courbes et au réseau de branches, une évolution vers une écriture plus graphique au seuil des années 1940, où le dessin structure davantage l’espace.
Justification de datation et d'attribution
La datation 1939 est cohérente avec la palette de fin de décennie, où les rouges bruns et les verts assourdis dominent, ainsi qu’avec la combinaison d’une matière encore vibrante et d’une organisation déjà très construite. Le motif paysan, traité comme une scène lente et dense, correspond à ce moment où Breuillaud condense ses sujets et recherche une image-synthèse du monde rural.
Provenance / expositions / publications
Collection privée *
© Bruno Restout – Catalogue raisonné André Breuillaud
