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Terre d’ocre (1939)

AB-GU-1939-002 Terre d’ocre

Fiche technique

Contexte biographique / historique

En 1939, Breuillaud se situe à la lisière d’un basculement historique. La fin de la décennie voit coexister, dans son travail, des œuvres de figures et un retour puissant au paysage, comme si la peinture cherchait un appui dans la permanence des lieux. La Provence, déjà abordée avant la guerre, devient un territoire de plus en plus structurant : collines, terres claires, architectures simples et arbres isolés composent un répertoire que l’artiste approfondira après 1945.

Terre d’ocre appartient à cette dynamique. L’œuvre ne vise pas le pittoresque. Elle cherche au contraire une vision synthétique où le paysage est reconstruit par grands registres et par accords chromatiques. Le motif provençal est ainsi traité comme une architecture : un ordonnancement de plans, de lignes et de volumes, plus qu’une vue descriptive.

Description plastique / stylistique

La composition s’organise en bandes horizontales nettement hiérarchisées. Au premier plan, une terre ocre rosée occupe une large zone, parcourue de lignes sinueuses bleu-gris qui évoquent un réseau de ceps ou de sillons. Ces tracés donnent au sol une cadence régulière et installent un rythme décoratif qui retient immédiatement le regard.

Au plan médian, un groupe de bâtiments clairs, aux volumes simplifiés, s’inscrit au pied de collines. Les façades sont traitées en aplats nuancés, sans surenchère de détails, tandis que des arbres isolés, aux couronnes rondes, ponctuent l’espace comme des repères. Deux formes plus verticales et sombres, proches de cyprès, renforcent l’axe de profondeur et servent de contrepoint aux masses horizontales.

À l’arrière-plan, les collines se déploient en grandes nappes bleutées et mauves, conduisant vers une chaîne de montagnes aux flancs rosés, comme frappés par une lumière du soir. Le ciel, d’un bleu soutenu, homogène mais légèrement modulé, enveloppe l’ensemble et accentue la clarté méditerranéenne.

La palette est construite sur l’accord ocre–bleu, réchauffé par des roses et des verts assourdis. La touche, plus lisse que dans les paysages très empâtés du milieu des années 1930, reste cependant vivante : les transitions ne sont pas mécaniques, elles sont fondues et respirent, ce qui maintient une sensation d’air et de distance malgré la simplification des formes.

Analyse comparative / corpus voisin

Cette toile se situe dans le groupe des paysages de fin de décennie où Breuillaud recherche une synthèse entre structure et lumière. Par rapport à ses paysages plus gestuels de 1936–1937, Terre d’ocre affirme une volonté d’ordonnancement : registres horizontaux, volumes clarifiés, lignes répétées au premier plan. Cette approche annonce les grandes constructions provençales d’après-guerre, tout en conservant une fraîcheur et une souplesse propres à l’avant-guerre.

Le dispositif du premier plan, rythmé par des lignes de culture, inscrit l’œuvre dans une logique où le paysage devient une surface organisée, presque musicale. Les bâtiments, réduits à l’essentiel, fonctionnent comme un noyau d’habitation plutôt que comme un motif architectural détaillé : le tableau privilégie l’équilibre global et la sensation de territoire.

Justification de datation et d'attribution

La datation 1939 est cohérente avec le degré de synthèse atteint : formes simplifiées mais non encore rigidifiées, palette méridionale où l’ocre et le bleu s’équilibrent, et atmosphère calme qui contraste avec l’expressivité plus turbulente du milieu des années 1930. L’écriture picturale correspond à une phase de stabilisation constructive immédiatement antérieure aux contraintes de la guerre.

Provenance / expositions / publications

Collection privée.

© Bruno Restout – Catalogue raisonné André Breuillaud