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Les Septuagénaires (1930)

AB-GU-1930-001 Les Septuagénaires

Fiche technique

Contexte biographique / historique

Datée 1930 (collection du MAM), cette scène d’intérieur marque, dans le parcours de Breuillaud, un déplacement net de l’observation vers le huis clos. Les années de frange urbaine et de portraits de la zone ont aiguisé son regard sur les visages et les silences ; ici, il transpose cette intensité dans un groupe immobile, réuni sans être véritablement ensemble.

Le sujet — trois vieillards assis — n’est pas traité comme un thème moral ou anecdotique. Breuillaud construit une micro-société réduite à quelques signes : des mains, des regards évités, un petit chien tenu comme un refuge. L’intérieur devient un théâtre calme, où la proximité physique ne produit pas de lien visible, mais une tension sourde.

Description plastique / stylistique

La composition se lit comme une frise resserrée : trois figures assises occupent le premier plan, réparties de gauche à droite, avec un léger pivot vers le centre. Le personnage de gauche, au profil aigu, tient sur ses genoux un petit chien clair qui capte immédiatement la lumière et agit comme foyer de respiration au milieu des tonalités sombres.

Au centre, une femme vêtue de noir porte un col et une blouse plus clairs ; ses mains ouvertes, légèrement avancées, sont un point de suspension, comme si la parole avait été interrompue. À droite, un homme aux lunettes rondes se penche vers l’avant, tenant un chapeau sombre : son geste fermé répond, en contrepoint, au geste ouvert de la figure centrale.

L’arrière-plan est réduit à des masses de mobilier (commode, dossiers, fauteuils) traitées comme des blocs verticaux, qui ferment l’espace et densifient l’impression de huis clos. La reproduction disponible, en noir et blanc, met en évidence une construction rigoureuse des valeurs : noirs profonds des vêtements, gris moyens du décor, rehauts clairs localisés sur les visages, les mains, et surtout sur le chien. L’effet principal est celui d’une immobilité chargée — une scène quotidienne rendue solennelle par la retenue.

Analyse comparative / corpus voisin

Par sa gravité et sa distribution frontale, l’œuvre s’inscrit dans la tradition du portrait de groupe du XIXᵉ siècle, mais elle en détourne la fonction : ici, aucune célébration, aucune sociabilité affirmée. Le groupe est tenu par l’architecture des valeurs et par la dramaturgie des gestes minuscules.

Dans le corpus de Breuillaud, cette toile dialogue avec ses scènes d’intérieur plus tardives : même économie chromatique resserrée, même lumière localisée sur quelques zones signifiantes, même volonté de faire du silence un sujet. Le motif du petit animal clair, placé comme pivot affectif, accentue cette dramaturgie de la retenue.

Justification de datation et d'attribution

La datation 1930 est retenue conformément aux indications de collection. Sur le plan formel, la structure par masses, la fermeture spatiale et la hiérarchie des valeurs situent l’œuvre dans une phase déjà aboutie de figuration d’intérieur, sans élément qui impose une datation plus tardive.

Provenance / expositions / publications

Collection : Musée d’Art Moderne de Paris (MAM).

Publication : reproduction noir et blanc (Catalogue Pillement, 1967).

© Bruno Restout – Catalogue raisonné André Breuillaud