Fiche technique
- Titre : Maternité
- Date : 1980
- Technique : Huile sur papier (HSPap)
- Dimensions : 65 × 50 cm
- Localisation : Inconnue
Contexte biographique / historique
En 1980, au terme de la période Vence, Breuillaud clôt un long cycle organique et fusionnel engagé depuis les décennies précédentes. Après les incandescences et les tensions de la fin des années 1970, l’œuvre tend vers une simplification silencieuse : les corps s’apaisent, la dramaturgie s’efface, et la fusion prend une valeur de recueillement.
Maternité s’inscrit dans cette phase terminale comme une résolution : la réunion des formes charnelles n’est plus érotique ni cosmique, mais originelle et protectrice. Le motif de la membrane, si central chez Breuillaud, se transpose ici au geste maternel, dans une image d’unité pacifiée.
L’œuvre propose ainsi une clôture symbolique du cycle : l’union ne se joue plus dans le vertige, mais dans une tendresse primordiale, où le souffle de la composition semble se retenir et se recueillir.
Description plastique / stylistique
La composition se présente comme un bloc compact, presque monolithique, où le corps maternel englobe l’enfant dans une masse unique. La figure adulte, aux membres puissants et arrondis, se replie autour de l’enfant logé au centre, dont la présence se lit par un visage simplifié, des bras et des mains ramenées contre le ventre.
Le traitement sur papier privilégie un modelé extrêmement doux. Les contours sont peu appuyés, les volumes émergent d’un gris perlé et d’un halo légèrement plus sombre qui entoure la forme, comme un brouillard protecteur. Les visages, volontairement peu individualisés, se réduisent à quelques repères, accentuant l’idée d’une scène universelle plutôt que d’un portrait.
Les mains de la mère, larges et enveloppantes, structurent la lecture : elles couvrent, retiennent et relient. Les pieds et les jambes, massifs, ancrent la composition dans le bas, tandis que les lignes de cheveux, filamenteuses, introduisent une vibration fine au sein de ce calme général.
Analyse comparative / corpus voisin
Maternité se rapproche, par son dépouillement et sa gamme grisée, des œuvres sur papier de 1979–1980, où Breuillaud réduit la scène à une entité close. La parenté formelle avec L’œil du couple tient notamment à la logique d’enveloppe et à la construction en masse ovoïde.
En regard des rondes et des fusions plus tumultueuses de 1976–1979, l’œuvre marque une inflexion : la circularité demeure, mais elle n’est plus dynamique ni dramatique. Elle devient calme, presque sculpturale, et le thème de la fusion se charge d’une dimension protectrice.
Cette image peut également être lue comme un aboutissement : une pacification des gestes et des motifs, où l’expérimentation organique se recueille dans une forme élémentaire et humaine.
Justification de datation et d'attribution
La simplification extrême de la scène, la disparition du chromatisme et le modelé adouci sont caractéristiques des toutes dernières œuvres de la période Vence, où Breuillaud privilégie des atmosphères monochromes et une présence presque spectrale des formes.
L’inscription « Vence 80 » visible sur l’œuvre constitue un indice direct en faveur de la datation.
La cohérence de la morphologie tardive — volumes arrondis, contours dissous, mains symboliques et visages peu individualisés — renforce l’attribution à André Breuillaud et l’inscription dans le corpus final du cycle CCL.
Provenance / expositions / publications
Collection privée ; mentionnée dans les documents liés à Michelle Philippon.
Signée en bas à gauche ; annotation « Vence 80 » à droite.
Probablement réalisée dans les toutes dernières années actives de l’artiste.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
