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L’œil du couple (1979)

AB-CCL-1979-002 L’œil du couple

Fiche technique

Contexte biographique / historique

En 1979, au sein de la phase tardive du cycle CCL, Breuillaud pousse l’idée de fusion corporelle et psychique jusqu’à ses formes les plus condensées. Après les grandes compositions expansives et incandescentes de la fin des années 1970, certaines œuvres sur papier se défont du spectaculaire pour atteindre un dépouillement radical.

L’œil du couple s’inscrit dans cette tension : l’espace se raréfie, la couleur se retire, et la scène se réduit à une unité close où deux êtres cessent d’être distincts. Le motif du regard, omniprésent dans le corpus, se concentre ici en un seul œil, comme si la conscience du couple se cristallisait en un centre unique.

L’œuvre apparaît ainsi comme une méditation intime sur l’unité : la chair devient membrane, la membrane devient enveloppe mentale, et la fusion n’est plus un événement narratif mais une condition d’existence.

Description plastique / stylistique

La composition forme une masse ovoïde, presque cellulaire, dont le contour enveloppe deux corps repliés l’un dans l’autre. Les anatomies s’y reconnaissent par fragments — épaule, sein, genou, jambe — mais la torsion générale empêche toute lecture hiérarchique : le couple est une seule forme, nouée et autosuffisante.

Le point focal se situe au sommet, dans un œil isolé qui n’appartient pas à un visage constitué. Placé comme un organe de veille, il surplombe l’enveloppe charnelle et donne à l’ensemble une dimension intérieure, presque mentale : la vision n’est plus individuelle, elle devient le regard de l’unité.

Le médium sur papier autorise une modulation très douce des valeurs. Les ombres s’insinuent sans rupture, les contours se dissolvent en halos légers, et la gamme gris-perlé maintient l’œuvre dans un régime de silence. Dans ce climat, les mains — allongées, nerveuses, superposées — prennent une valeur expressive décisive : elles enveloppent, maintiennent et organisent la fusion par le geste.

Analyse comparative / corpus voisin

L’œuvre prolonge directement les recherches de Breuillaud sur le couple enlacé, déjà visibles dans les compositions de 1976, où la fusion est encore dense et presque sculpturale. En 1979, cette densité se transforme en intériorité : la forme se ferme, le monde extérieur s’efface, et l’union devient cocon.

Par contraste avec les grandes rondes collectives de 1977, la rotation et la circulation se réduisent ici à la dyade. Le mouvement n’est plus expansif : il est repli et retournement, comme une respiration unique.

Enfin, le thème du regard relie L’œil du couple aux œuvres de la même période qui intensifient la question de la vision et du double. Là où certaines peintures développent un champ d’yeux et de tensions dans un espace incandescent, ce dessin en propose la condensation minimale, presque méditative.

Justification de datation et d'attribution

La morphologie tardive — torsion fermée, épaules arrondies, mains filiformes, disparition du décor — correspond aux œuvres sur papier de la fin des années 1970 et au glissement vers une forme de dépouillement intérieur.

La gamme neutre, le modelé adouci et l’absence de saturation chromatique renforcent l’inscription dans la période 1978–1980, lorsque Breuillaud privilégie des atmosphères désaturées et des contours dissous.

La présence de la signature et de l’annotation datée visible sur l’œuvre, ainsi que la cohérence stylistique avec le corpus CCL tardif, confortent une datation en 1979 et l’attribution à André Breuillaud.

Provenance / expositions / publications

Collection Michelle Philippon (catalogue 1992).

Classée parmi les œuvres sur papier de la fin de la période Vence.

Signée en bas à gauche ; annotation de date « 79 » en bas à droite.

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud