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Dissolution des corps (1976)

AB-CCL-1976-002 Dissolution des corps

Fiche technique

Contexte biographique / historique

Au sein de la période CCL, l’année 1976 voit Breuillaud privilégier, par moments, le pastel : un médium qui autorise la transparence, le tremblé des valeurs et une lumière « de l’intérieur » plus diffuse que l’huile. Dans cette logique, la figure n’est plus décrite comme un corps posé dans un espace, mais comme une présence en transformation, traversée par des flux.

« Dissoluition des corps » s’inscrit dans cette veine en proposant une scène sans récit, proche d’une frise mentale. Le titre suggère une polarité — dédoublement, miroir, respiration à deux temps — qui se lit dans la circulation des formes : des corps se répondent, se renversent et se relaient, comme si une même énergie passait d’une entité à l’autre.

Description plastique / stylistique

La composition est horizontale, construite comme un enchaînement de figures nues allongées ou basculées. Les volumes sont volontairement instables : torses et bassins se retournent, les membres se replient, et les positions se prolongent d’une figure à l’autre, créant une continuité de mouvement plutôt qu’un ensemble d’individus.

Le dessin, très fin, est repris par un contour bleu-vert qui « tient » les formes sans les fermer. À l’intérieur, des plages de pastel jaune, vert pâle, rose et mauve modulent la chair par superpositions légères ; le grain du support demeure visible et participe à l’impression de voile et de souffle.

Plusieurs yeux apparaissent au sein même des corps (et non comme des visages identifiables) : ils ponctuent la surface, introduisent une vigilance intérieure et transforment l’anatomie en organisme sensible. Le fond, nuageux et granuleux, n’installe pas une profondeur ; il agit comme un milieu, une atmosphère continue qui enveloppe et dissout les contours.

Analyse comparative / corpus voisin

Par rapport à AB-CCL-1976-001 (Ronde voluptueuse I), où la circularité organise la chair en rotation, Cette oeuvre privilégie une logique de frise et de relais : la continuité se fait par glissement d’une posture à l’autre plutôt que par vortex central.

À l’inverse de AB-CCL-1976-003 (Couple enlacé), qui condense la figure en bloc compact et sculptural, l’œuvre ici dématérialise la présence : la ligne et les transparences remplacent la masse, et la sensation de gravité s’allège.

Le motif des yeux internes, la chromatique sourde et le modelé par halos annoncent les œuvres de 1977 où la figure se charge d’une dimension plus opératoire et mythologique (notamment autour de la ronde, du masque et de la genèse).

Justification de datation et d'attribution

La datation 1976 est cohérente avec la facture : contour coloré très fin, travail par glacis de pastel et effets de halo, palette adoucie (verts et mauves dilués) qui se distingue des incandescences plus contrastées de 1974–1975.

Les yeux internes, la dissolution du fond et l’absence de repères spatiaux s’inscrivent pleinement dans le vocabulaire CCL du milieu des années 1970. La mention manuscrite « Vence » visible au bas de la feuille, ainsi que la signature, renforcent l’ancrage dans la production de cette période.

L’ensemble des caractéristiques plastiques (ligne, grain, respiration du support, anatomies métamorphiques) est conforme au corpus Breuillaud et soutient l’attribution.

Provenance / expositions / publications

Mention « Vence » au bas de la feuille ; signature visible.

Localisation actuelle : inconnue.

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud