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Ronde voluptueuse (1976)

AB-CCL-1976-001 Ronde voluptueuse

Fiche technique

Contexte biographique / historique

En 1976, Breuillaud approfondit l’une des phases les plus affirmées de la période CCL : le corps en mutation devient un langage symbolique, et le désir se transmute en organisation dynamique. Après les membranes bleues (1971–1973) et les fantasmagories vibratoires de 1974–1975, l’année 1976 introduit une stabilisation : formes charnelles en rotation, cercles vivants, noyaux-corps en orbite autour d’un centre gravitationnel imaginaire.

Ronde voluptueuse inaugure ce motif de la ronde : la sensualité n’est plus décrite comme une scène, mais intégrée à une logique cosmique intime où l’organique fonctionne comme mouvement. L’œuvre apparaît ainsi comme une pièce pivot du cycle 1976, transformant la figure en structure-planète, en tourbillon charnel lisible et apaisé.

Description plastique / stylistique

La composition repose sur une torsion annulaire : des segments de corps s’enroulent et tournent autour d’un axe central, créant une impression de rotation continue. Le mouvement est centripète, comme une gravitation interne ; chaque membre semble entraîner le suivant, si bien que l’ensemble se lit comme une seule forme en boucle plutôt que comme des figures distinctes.

La palette chaude — jaune miel, ocre rosé, or atténué — confère à la scène une incandescence douce, très différente des rouges violents de 1974 comme des bleus nocturnes. Les corps sont morcelés sans être détruits : hanches, seins, têtes et torses demeurent lisibles, mais intégrés à la trame de la ronde, fusionnés par contacts successifs. Ce morcellement cohérent est un marqueur de 1976, où l’anatomie se met au service d’un rythme.

Au centre, un œil agit comme noyau attracteur : regard, organe du désir, mais aussi pivot formel qui aimante la rotation. La facture privilégie des glacis légers et une matière souple, plus apaisée que dans les enchevêtrements sombres de 1975, ce qui renforce la sensation d’un tournoiement voluptueux plutôt que d’une lutte.

Analyse comparative / corpus voisin

Par rapport à 1975, l’œuvre marque un changement d’atmosphère : les enchevêtrements étaient plus sombres, plus vibratoires, comme épuisés ; ici la matière s’éclaire et s’ordonne en cycle. Cette ronde annonce des développements directs : Ronde voluptueuse II (1976), spirales corporelles de 1977, et mouvances centripètes de 1978, où le mouvement circulaire devient un principe structurant.

La différence avec la période bleue (1971–1973) est nette : on passe d’un cosmos liquide et membranaire à un cosmos charnel, où l’anatomie, même fragmentée, redevient moteur du monde interne. La logique de l’œil central, déjà présente par endroits dans les années précédentes, se stabilise ici comme centre de gravité de la composition.

Justification de datation et d'attribution

La datation 1976 est pleinement cohérente : palette ocre-dorée caractéristique du milieu des années 1970, structure circulaire typique des années 1976–1978, et morcellement non destructif des corps, qui distingue cette phase de la membrane bleue (post-1972) et des rouges saturés (post-1974). L’attribution est confirmée par le vocabulaire oculaire central, la manière de fondre l’anatomie en rythme, et la facture en glacis légers.

L’œuvre est reproduite, titrée et datée au Catalogue Michelle Philippon (1992), ce qui consolide la datation et l’intégration dans la série.

Provenance / expositions / publications

Vence, atelier de l’artiste (selon fiche fournie). Toile signée en bas à gauche (mentionnée comme signature claire et conforme). Reproduite au Catalogue Michelle Philippon (1992).

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud