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Hallucinations (1975)

AB-CCL-1975-002 Hallucinations

Fiche technique

Contexte biographique / historique

En 1975, Breuillaud explore simultanément la plongée nocturne (bleus sourds, formes gélifiées, fusion éteinte) et une voie inverse, plus claire, où la matière semble décolorée, presque vidée. Hallucinations appartient à ce second axe : une zone lumineuse pâle où les formes flottent sans pesanteur, à mi-chemin entre apparition et effacement.

Cette oscillation est caractéristique du milieu de la décennie : l’artiste teste des seuils, comme s’il peignait l’instant où une image mentale se forme puis se dissout. La toile se situe dans une courte période rare (1975–début 1976) dominée par des champs « citron pâle » et des entités réduites à des fragments sensibles.

Description plastique / stylistique

Le fond est un champ jaune laiteux, uniforme, sans horizon ni source lumineuse identifiable. Il n’évoque pas un extérieur mais un espace mental — une chambre de dérive où tout semble suspendu. Dans cette clarté, les figures ne s’organisent pas en personnages : ce sont des fragments d’organes, des souffles, des cavités, des formes-membranes, qui apparaissent comme des pensées visualisées.

Un œil isolé flotte, détaché de toute anatomie, tandis que d’autres éléments — bouches métamorphiques, formes fœtales, replis translucides — suggèrent une corporéité en formation, non encore incarnée. La ligne est fine, légèrement vibrée, presque gravée : la présence se joue moins dans l’épaisseur de la matière que dans la précision du tracé, proche d’un dessin transposé en peinture.

La palette est volontairement restreinte : jaune très pâle, verts légers, rosés sous-jacents, zones grisées autour des cavités. Ce jaune n’est pas solaire ; il agit comme un jaune mental, un jaune de rêve, qui place l’œuvre en rupture avec les rouges nerveux de 1974 et les bleus nocturnes de 1975.

Analyse comparative / corpus voisin

Hallucinations peut être rapprochée d’Enchevêtrement érotique II (1975) par le mouvement général d’extinction, mais elle en constitue la version claire : au lieu d’engloutir les formes dans le bleu, elle les laisse dériver dans une lumière délavée. La finesse du trait renvoie aussi à certains pastels et dessins des années 1972–1973, avec toutefois une abstraction plus poussée et un espace plus « mental ».

Vers 1976, l’œuvre annonce le glissement vers des organismes translucides et des membranes plus aérées : ici déjà, la hiérarchie disparaît, la scène n’a pas de centre, et l’image se lit comme un flux de conscience pictural plutôt que comme une composition narrative.

Justification de datation et d'attribution

La datation 1975 est pleinement cohérente : usage d’un jaune pâle spécifique à l’année dans le corpus, fragmentation avancée sans encore basculer dans la gélification plus tardive, et primat du trait fin sur l’empâtement. L’atmosphère de déréalisation — ni cosmique au sens des grandes membranes, ni strictement corporelle — correspond à cette zone intermédiaire du milieu des années 1970.

L’attribution s’appuie sur le vocabulaire d’organes autonomes (œil, cavités, bouches), sur la manière de faire flotter les entités dans un champ unifié, et sur la facture en glacis très fins avec passages travaillés à sec. L’œuvre est reproduite, titrée et datée au Catalogue Michelle Philippon (1992) ; la mention « circa » peut rester admissible, mais 1975 demeure esthétiquement très solide.

Provenance / expositions / publications

Vence, collection privée (mentionnée dans la notice source). Signature conforme (selon fiche). Reproduite au Catalogue Michelle Philippon (1992).

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud