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Enchevêtrement érotique (II) (1975)

AB-CCL-1975-001 Enchevêtrement érotique (II)

Fiche technique

Contexte biographique / historique

Après l’incandescence rouge de 1974, l’année 1975 s’ouvre sur un refroidissement radical : la matière cesse d’être volcanique et s’enfonce dans des bleus sourds où les corps ne sont plus des acteurs mais des traces. Dans ce basculement, Breuillaud explore des formes phosphorescentes posées sur une obscurité compacte, comme si la lumière ne provenait plus du monde mais d’une survivance interne.

Enchevêtrement érotique II appartient à cette modulation nocturne. La sensualité n’est plus poussée par l’énergie du feu : elle est ralentie, engourdie, engloutie dans une pénombre épaisse. La toile enregistre moins un événement érotique qu’un état post-événementiel, une mémoire corporelle qui persiste sous forme de halos.

Description plastique / stylistique

La composition s’étire horizontalement en une chaîne de masses corporelles allongées, fusionnées, dont les contours lumineux se détachent faiblement sur un fond bleu-noir presque opaque. Les torses s’affaissent, les membres se relâchent, les têtes se font translucides ; l’enchevêtrement existe, mais sans crispation ni torsion dramatique, comme si la matière avait perdu la chaleur nécessaire à la fusion active.

Le fond n’organise aucune profondeur : il absorbe. On devine pourtant des présences fantomatiques dans les lointains, perturbations à peine incarnées, qui renforcent l’idée d’un espace mental plutôt que d’un lieu. La lumière, froide, naît des corps eux-mêmes : touches rosées exsangues, verts malades, halos pâles bleutés, comme une bioluminescence en voie d’extinction.

L’absence de centre est volontaire : aucun point focal ne domine, l’image se lit comme un état continu, étale, où le désir devient surface et où la matière, lourde et lente, se suspend au bord de la disparition.

Analyse comparative / corpus voisin

La comparaison avec Enchevêtrement érotique I (1974) met en évidence un renversement : même thématique corporelle, mais passage du feu à la cendre lumineuse, de la poussée à l’affaissement. Avec Noctis membrana, l’œuvre partage la plongée dans un bleu nocturne autonome, mais Enchevêtrement érotique II reste plus figural et plus explicitement corporel.

Des échos plus anciens peuvent être rapprochés des bleus de 1970–1971 (recherches de phosphorence interne), mais ici le geste est exténué : la lumière n’annonce pas une naissance, elle marque une survivance. Dans la dynamique de 1975, la toile inaugure la série des corps épuisés et préfigure les développements de 1976–1977 où la narration s’efface au profit d’organismes posés dans la pénombre.

Justification de datation et d'attribution

La datation vers 1975 est plastiquement très cohérente : palette bleu pétrole et bleu-noir typique de l’année, glissement du rouge incandescent de 1974 vers une obscurité absorbante, et choix d’une composition horizontale où la fusion devient empreinte plutôt qu’action. Le vocabulaire de halos internes, la manière de faire surgir des formes par rehauts légers sur un fond compact, et la sensibilité à la bioluminescence situent l’œuvre dans le passage 1975–1976.

L’attribution est confirmée par la logique de série (enchevêtrements refroidis), par la facture en glacis sombres et rehausses lumineuses, et par la cohérence morphologique avec les pièces nocturnes du corpus. La mention « circa » reste plausible, mais l’ensemble rend 1975 très probable.

Provenance / expositions / publications

Vence (mentionné comme localisation d’atelier). Collection privée. Signature conforme (selon fiche). Date indiquée « circa » dans la notice source.

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud