Fiche technique
- Titre : Essor du feu
- Date : 1974
- Technique : Huile sur toile (HST)
- Dimensions : 73 × 100 cm
- Localisation : Inconnue
Contexte biographique / historique
En 1974, André Breuillaud pousse l’intensité chromatique à un seuil extrême : le rouge-orangé devient moins un « fond » qu’un milieu incandescent, comme une atmosphère chauffée à blanc. Essor du feu s’inscrit dans une série où la matière semble en fusion et où les formes émergent d’un magma interne, mouvement amorcé dès la fin de 1973 dans certains papiers rouges et pleinement développé en 1974 dans des toiles de grand format.
Dans cette branche « rubra incandescente » du corpus, l’artiste quitte l’idée d’un espace représenté pour installer un champ thermique autonome. La toile organise ainsi une poussée verticale, une dilatation énergétique, comme si l’image enregistrait la libération de forces enfouies plutôt qu’une scène figurative.
Description plastique / stylistique
La composition est structurée par une forme centrale ascendante, noire-brune, comme carbonisée, traversée de veines plus claires et parcourue de filaments qui montent, se divisent et s’évanouissent. Cette colonne n’est ni un tronc ni un volcan au sens descriptif : elle fonctionne comme un axe de montée, un vecteur d’énergie qui entraîne toute la surface vers le haut.
Autour de cet axe, deux masses latérales jouent le rôle d’extensions organiques. À gauche, une prolifération plus charnue et souple, jaune-brun, mêle des membres et des cavités où surgissent des yeux isolés. À droite, une grande forme sombre, tendue comme une membrane brûlée, s’ouvre en aile et accueille des prolongements nerveux, ponctués eux aussi de signes oculaires. L’ensemble donne l’impression d’un organisme fragmenté, en torsion, dont les parties se répondent comme les « bras » d’un feu interne.
Le rouge saturé du fond abolit toute perspective : pas d’horizon, pas d’air, seulement une matière chauffée où la moindre variation de transparence devient vibration. La ligne, nerveuse et fluide, glisse d’une zone à l’autre avec des transitions fines ; la facture associe des glacis sur le champ rouge à des passages plus denses dans les zones sombres, ce qui renforce l’idée d’incandescence et de rétraction simultanées.
Des traces d’anthropomorphisme apparaissent par fragments — yeux sans tête, bouches résiduelles, silhouettes embryonnaires — mais elles ne composent jamais des personnages : elles surgissent comme des accidents de la fusion, signes d’un humain dissous dans le flux thermique.
Analyse comparative / corpus voisin
Dans le corpus de 1974, la toile se rapproche de Nexus rubra par la tension interne et l’idée d’une énergie concentrée, mais Essor du feu accentue la dynamique d’ascension, moins liée au nœud central qu’à une poussée verticale continue. Par contraste, Noctis membrana explore un autre registre chromatique, mais partage la même logique d’entités dissoutes dans un milieu autonome où l’espace n’est plus « représenté ».
La comparaison avec Enchevêtrement érotique (1974) éclaire un basculement : on y retrouve la fusion des formes, mais ici la fusion est thermique et éruptive plutôt que pastel et amniotique. Plus en amont, Descente aux enfers (1971) réactive une verticalité dramatique, tandis qu’Univers sibyllin (1970) annonce déjà la densité des figures noires en éruption ; en 1974, la matière devient toutefois plus chaude, plus fluide, et le champ chromatique prend le relais de toute narration.
Justification de datation et d'attribution
La datation 1974 est cohérente et solide : la palette rouge-orangé incandescente, la dissolution des signes anatomiques dans un champ thermique, la récurrence d’un axe vertical noir-brun et la morphologie d’organismes fracturés en ascension correspondent aux marqueurs plastiques de l’année. Le format 73 × 100 cm, fréquent dans les toiles majeures de 1974–1975, renforce cette cohérence.
L’attribution à Breuillaud s’appuie sur la facture (glacis superposés et transitions fines), sur le vocabulaire oculaire récurrent de la période, et sur la manière très spécifique de faire naître des entités par torsion et jaillissement à même la couleur. L’œuvre est reproduite, titrée et datée au Catalogue Michelle Philippon (1992).
Provenance / expositions / publications
Vence (mentionné comme provenance). Collection privée (non précisée). Toile signée en bas à gauche. Reproduite au Catalogue Michelle Philippon (1992).
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
