Fiche technique
- Titre : Dissolution des formes
- Date : 1974
- Technique : Huile sur toile
- Dimensions : 94x100
- Localisation : Collection privée
Contexte biographique / historique
En 1974, Breuillaud pousse très loin sa série des « scènes bleues », véritables tableaux de vision où l’espace devient un milieu fluide. Installé à Vence, il transforme le paysage intérieur en un théâtre d’apparitions : corps, totems, astres, plantes et animaux se fondent dans une même matière picturale, comme si la narration se construisait par métamorphoses plutôt que par actions.
Le format presque carré (100 × 94 cm) marque une ambition plus monumentale que les huiles sur papier de 1973. La toile permet d’épaissir certaines zones, de multiplier les reprises, et de construire une profondeur par strates, tout en conservant ce caractère de rêve éveillé où la figure humaine se dilue dans l’élément couleur.
Description plastique / stylistique
La toile s’organise autour d’un grand champ bleu-vert, modulé par des nappes plus sombres qui encadrent la scène. Une figure nue, allongée et lumineuse, occupe l’avant-plan à gauche, comme déposée sur une plateforme ou une pente. À droite, d’autres présences verticales, plus évanescentes, se dessinent en réserve et en glacis, tandis qu’un disque clair, au lointain, suggère un astre ou une source de lumière.
L’écriture picturale mêle transparences et accents plus denses : les transitions sont souvent fondues, mais des lignes fines viennent griffer les contours, préciser une main, une tête, un regard. Breuillaud joue sur des contrastes de température, opposant des bleus froids à des touches verdâtres, et installe des zones de « flottement » où les formes semblent se dissoudre puis se recomposer.
Analyse comparative / corpus voisin
Cette œuvre se rattache directement aux « scènes bleues » de 1974 par ses principes : figures en lévitation, présence d’un astre, et alternance entre zones denses et zones d’effacement. Elle se compare notamment aux compositions plus verticales de la même année, où les silhouettes se multiplient et où les coulures deviennent des axes structurants ; ici, l’équilibre repose davantage sur la tension entre un corps allongé au premier plan et des présences debout à distance.
La toile conserve cependant des traits hérités des travaux sur papier : importance du dessin sous-jacent, goût pour les formes embryonnaires, et usage de l’œil comme point d’ancrage. Elle apparaît ainsi comme une synthèse : le geste reste souple et « graphique », mais l’ampleur du format donne à la scène une gravité plus architecturée.
Justification de datation et d'attribution
La datation à 1974 est confortée par la maturité du dispositif : astre lointain, profondeur atmosphérique construite par glacis, et figures plus nettement hiérarchisées entre avant-plan et arrière-plan. Le format (100 × 94 cm) correspond à une production sur toile plus ambitieuse, attestée dans ces années, et le traitement des bleus, saturés puis veloutés, est typique de cette séquence.
L’attribution à André Breuillaud repose sur les marqueurs stylistiques constants : anatomies élancées, contours incisés, motifs oculaires, et ambiguïté entre humain, animal et végétal. La cohérence d’ensemble avec les autres « scènes bleues » connues, ainsi que la provenance indiquée, stabilisent l’identification de l’œuvre.
Provenance / expositions / publications
Vence. Collection particulière.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
