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Danse satanique (1973)

AB-CCL-1973-003 Danse satanique

Fiche technique

Contexte biographique / historique

Datée de 1973, cette « scène bleue » s’inscrit dans une phase où André Breuillaud privilégie les atmosphères nocturnes et les supports plus légers, favorables aux glacis, aux reprises et aux transparences. La référence de lieu (Vence) situe l’œuvre dans le climat méditerranéen de l’atelier, dont l’artiste transpose moins les motifs réels que la sensation d’un espace ouvert, indécis, chargé d’humeurs et de rêveries.

Dans ces années, la figure humaine demeure centrale mais se métamorphose : elle glisse d’un corps reconnaissable vers un organisme hybride, tantôt érotisé, tantôt fantomatique. La palette dominée par les bleus et les verts agit comme une « chambre » mentale où se rejouent des tensions entre désir, crainte et curiosité, dans un langage symbolique volontairement équivoque.

Description plastique / stylistique

La composition se construit sur une diagonale qui entraîne le regard d’un premier plan assombri vers une zone plus claire, comme une éclaircie au sein du bleu. Des formes humanoïdes apparaissent par émergences : corps allongés, silhouettes debout ou affleurantes, têtes globulaires où l’œil, isolé, devient signe. À distance, l’espace semble parcouru de nappes et de voiles, avec des bords fondus et des passages très doux qui laissent le papier respirer.

Le dessin reste perceptible, parfois griffé ou repris à la pointe, et vient préciser des gestes, des mains ou des profils. Les aplats ne sont jamais fermés : Breuillaud préfère des glacis superposés, qui font vibrer les valeurs du bleu jusqu’au vert, et des rehauts plus laiteux qui accrochent la lumière. L’ensemble produit une scène suspendue, à la fois intime et cosmique, où les figures semblent flotter dans un milieu aqueux ou astral.

Analyse comparative / corpus voisin

Par ses tonalités et son imaginaire, l’œuvre annonce les grandes toiles bleues de 1974, où les apparitions se densifient et où surgissent des « astres » ou disques lumineux servant de pôles de composition. On retrouve déjà ici le principe d’un espace sans sol fixe, traversé de filaments et de coulures, ainsi que l’usage de l’œil comme motif autonome, dissocié du visage.

Cette « scène bleue » dialogue aussi avec les feuilles et huiles sur papier du début des années 1970 : même économie de moyens, même rôle actif du support, même articulation entre dessin et peinture. L’œuvre se situe ainsi comme un jalon entre des compositions plus compactes (où la figure occupe presque tout le champ) et des dispositifs plus scénographiques où plusieurs « acteurs » coexistent dans une profondeur atmosphérique.

Justification de datation et d'attribution

La datation à 1973 est cohérente avec le vocabulaire formel et chromatique : dominance de bleus profonds modulés par des verts, silhouettes flottantes, lignes incisées et reprises légères qui laissent apparaître la trame du papier. Le format (50 × 65 cm) et la technique (huile sur papier) correspondent à une pratique de recherche et de variation caractéristique de cette période, où Breuillaud expérimente des agencements avant de les amplifier sur toile.

L’attribution à André Breuillaud s’appuie sur la signature et sur des constantes stylistiques : anatomies étirées, visages réduits à quelques indices, yeux-signes, et mise en scène d’un « théâtre intérieur » où l’érotisme se mêle au fantastique. La mention de reproduction, datation et titrage dans le Catalogue Michelle Philippon (1992) renforce la stabilisation de l’identification de l’œuvre.

Provenance / expositions / publications

Vence. Reproduit, daté et titré au Catalogue Michelle Philippon (1992).

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud