Fiche technique
- Titre : Matéria viva
- Date : 1972
- Technique : Pastel (rehauts d’encre)
- Dimensions : 25 x 33
- Localisation : Collection privée
Contexte biographique / historique
En 1972, Breuillaud mène de front l’essor des grandes compositions bleues et un travail plus intime sur de petits formats, où la matière devient un organisme en formation. Matéria viva s’inscrit dans ce second versant, décrit comme un laboratoire personnel à Vence : un espace de retrait qui autorise des expériences rapides, sensibles, au plus près de la respiration de la surface. La date portée dans la signature situe l’œuvre au même moment que les toiles cosmiques, mais dans un registre volontairement microscopique, comme si le peintre observait l’avant-scène de la naissance des entités.
Description plastique / stylistique
Sur un fond très pâle, rosé et légèrement crémeux, se déposent des nuées de bleus d’eau et de verts laiteux qui semblent s’infiltrer dans le support. Au centre, une forme à tête volumineuse et à cou allongé se distingue par un modelé doux, presque vaporeux, tandis que d’autres protofigures, réduites à des yeux, des bouches ou des embryons de membres, émergent des zones de diffusion. La ligne sombre, vibrante, circule par touches et griffures légères, comme pour tester des points d’accroche dans une matière encore indécise. L’ensemble privilégie l’impression d’une substance amniotique, suspendue entre apparition et effacement, où la couleur fait corps avec l’espace.
Analyse comparative / corpus voisin
Cette étude sur papier se place en contrepoint des structures bleues monumentales : là où Méduse bleue déploie un monde constitué, Matéria viva en condense le germe et en multiplie les micro-événements. Elle rejoint la lignée des petits formats expérimentaux de 1972, centrés sur l’énergie larvaire et la continuité entre matière et figure, selon une progression implicite allant de la substance respirante vers l’être, puis vers l’entité autonome. La souplesse des contours et la priorité donnée aux passages de tons annoncent, à une échelle réduite, les réseaux plus amples qui se stabiliseront dans les compositions ultérieures.
Justification de datation et d'attribution
La présence de la signature datée « 72 », la palette pastel propre aux expérimentations de Vence et l’usage conjoint du pastel et de rehauts d’encre correspondent aux procédés décrits pour ces petits formats de laboratoire. La ligne noire souple et la construction sans centre fixe, fondée sur une respiration diffuse, distinguent clairement cette œuvre des périodes antérieures et s’accordent avec le corpus de 1972. Ces éléments convergent vers une datation et une attribution certaines à André Breuillaud.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
