Fiche technique
- Titre : Obsession
- Date : 1972
- Technique : Huile sur papier (HSPap)
- Dimensions : 34 × 26 cm
- Localisation : Inconnue
Contexte biographique / historique
En 1972, Breuillaud engage une transition décisive : après les grandes matrices rouges et les tensions magmatiques de 1971, il resserre le champ de la peinture vers un registre plus intérieur, où la figure se concentre au lieu d’exploser. La période dite CCL (Cosmique–Cellulaire–Lumineux) voit la chromie se refroidir, les volumes se dématérialiser et les formes organiques se transformer en noyaux, en membranes, en apparitions fugitives.
Le choix du papier favorise cette mutation. La matière y devient plus fragile, poudreuse, travaillée par voiles et effacements, ce qui convient à une iconographie de l’obsession au sens littéral : une forme mentale qui revient, se replie, se reforme, sans jamais se résoudre en anatomie stable.
Description plastique / stylistique
La composition est occupée par une masse centrale compacte, blanche et rosée, dont la courbe générale évoque un embryon ou un amas de chair replié sur lui-même. À l’intérieur de ce volume, des fragments de corps apparaissent par touches : seins multipliés, poches organiques, membres incomplets, profils esquissés, comme si plusieurs états d’un même organisme s’étaient superposés sans parvenir à se hiérarchiser.
Le fond bleu, uniformément posé, n’ouvre pas un espace de paysage : il isole la forme comme dans une chambre mentale. Cette étendue froide empêche toute échappée et renforce l’impression de fixation. La figure n’avance pas, ne se raconte pas ; elle insiste, se resserre, se répète, travaillée par un mouvement de retour au centre.
La technique sur papier accentue la sensation de peau en suspension. Les passages laiteux se frottent à des traits nerveux, presque veineux, qui fissurent la surface et dessinent une cartographie intérieure. Là où la peinture de 1971 construisait la densité par l’épaisseur, Obsession élabore une présence par le voile, l’indécision, la fragilité même du dépôt coloré.
Analyse comparative / corpus voisin
Face aux grandes compositions rouges de 1971, l’œuvre marque une inflexion nette : le magma expansif se retire, la violence se concentre en crispation silencieuse. La figure ne se dissout pas encore dans l’atmosphère bleue, comme ce sera le cas dans les développements cosmiques ultérieurs, mais se condense en un foyer compact, encore charnel, encore proche d’une mémoire du corps.
Par rapport aux papiers de 1972–1974, Obsession se distingue par son degré de concentration : la forme est serrée, presque close, alors que les années suivantes ouvriront davantage les membranes et étireront les êtres en filaments. Cette position intermédiaire fait de l’œuvre un pivot chromatique et morphologique entre la fin des rouges et l’installation progressive du monde bleu.
Justification de datation et d'attribution
La date « 72 » inscrite sur l’œuvre constitue un indice direct de datation. La gamme froide bleu-blanc, la matière poudrée rendue possible par le support papier et la manière de condenser la figure en noyau compact correspondent au début de la phase CCL, avant que les formes ne deviennent plus filandreuses et plus aériennes. L’attribution s’appuie sur la cohérence de la facture : superposition de voiles, trait fin et incisif, et construction d’un organisme composite où le biologique se pense comme une forme intérieure. La notice source signale en outre une reproduction, datation et titrage au Catalogue Michelle Philippon (1972), qui renforce l’ancrage chronologique.
Provenance / expositions / publications
Atelier de Vence (selon la notice source)
Catalogue Michelle Philippon (1972)
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
