Fiche technique
- Titre : Descente aux enfers
- Date : 1971
- Technique : Huile sur toile
- Dimensions : 116 x 89
- Localisation : Inconnue
Contexte biographique / historique
En 1971, Breuillaud traverse une phase d’instabilité où l’univers organique des années précédentes se défait au profit d’un imaginaire plus spectral, caractéristique des premiers développements du cycle CC. « Descente aux enfers » appartient à ce moment charnière : la matière chaude demeure dominante, mais les corps se distendent, se vrillent et se dédoublent, comme soumis à une force verticale qui impose sa dramaturgie. La toile assume ainsi une dimension quasi mythique, non par la narration explicite, mais par la construction d’un espace de chute et d’aspiration où les êtres deviennent les vecteurs d’énergies contraires.
Description plastique / stylistique
Toute la composition est gouvernée par une verticalité tendue : silhouettes étirées, membres devenus lianes, corps‑flammes qui montent ou s’affaissent, traversant un bain rouge‑orangé dense. Ce rouge n’est plus un magma compact ; il agit comme une atmosphère incandescente dans laquelle les formes se dissolvent et se recomposent. Des figures pâles, presque laiteuses, surgissent comme des effilochages de chair, tandis que des zones plus sombres creusent des cavités et ménagent des passages. Les visages, parfois réduits à un œil errant ou à un profil à peine marqué, accentuent l’impression d’un monde en mutation. La lumière n’éclaire pas l’espace : elle traverse les corps, les rend membraneux, et la ligne noire, fine, vient seulement fixer quelques arêtes, comme le squelette fragile d’une scène en perpétuelle dégradation.
Analyse comparative / corpus voisin
La toile se rapproche, par son intensité chaude et son énergie verticale, des compositions les plus dramatiques de la période, mais elle s’en distingue par la prééminence d’un axe ascendant/descendant et par l’absence d’un dispositif circulaire. Elle dialogue naturellement avec « Tapisserie des démoniaques » (1971) : même matrice rouge et même prolifération, mais ici le mouvement se resserre en colonne de chute, et la lecture devient plus liturgique que centrifuge. La multiplication de nœuds figuratifs et la distorsion des corps annoncent directement les recherches de 1972, où le vivant se détache davantage du sol pour devenir apparition et flux.
Justification de datation et d'attribution
Les caractères plastiques situent solidement l’œuvre en 1971 : silhouettes allongées et plus graphiques que dans les masses de 1969‑1970, modelé moins lourd, rouge encore dominant mais rendu plus respirant par des transparences et par des intrusions de tonalités froides. La dissociation du corps — membres indépendants, visages fondus, yeux disséminés — correspond aux premières distorsions qui conduiront aux figures liquides du cycle CC. L’œuvre est reproduite, datée et titrée dans le Catalogue Michelle Philippon (1972), ce qui confirme la datation et l’attribution.
Provenance / expositions / publications
Catalogue Michelle Philippon (1972)
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
