Fiche technique
- Titre : Tapisserie des démoniaques
- Date : 1971
- Technique : Huile sur toile
- Dimensions : 89 x 116
- Localisation : Inconnue
Contexte biographique / historique
En 1971, André Breuillaud engage les premières inflexions du cycle « CC » (Cosmique–Cellulaire) tout en gardant, par endroits, la densité organique des dernières années MP4. « Tapisserie des démoniaques » se place dans cette zone de bascule : la grande nappe rouge des compositions infernales du milieu des années 1960 réapparaît, mais elle est désormais traversée par une écriture plus nerveuse, faite de micro‑figures disséminées, de noyaux chromatiques et de pulsations internes moins massives. La toile condense ainsi deux régimes : l’ancien magma saturé et une logique naissante de cellules‑êtres, plus isolées, plus lisibles, qui prépare les œuvres des années suivantes.
Description plastique / stylistique
La surface se déploie comme une membrane rouge‑orangée, proche d’un textile incandescent, où se mêlent rouges ferrugineux, ocres brûlés et zones plus sombres tirant vers le brun‑prune. Dans ce champ continu, des corps émergent par endroits, non comme des scènes distinctes mais comme des apparitions prises dans la matière : silhouettes anthropo‑organiques, profils, têtes aux yeux mi‑clos, membres en arabesque, petites créatures annexes qui semblent se greffer aux formes principales. Un cœur plus sombre, bleu‑noir, ponctué d’yeux, agit comme un foyer gravitationnel : il aimante les trajectoires, organise les circulations et donne à l’ensemble un mouvement tournoyant, presque centrifuge. La touche alterne frottis rugueux et zones veloutées, avec des rehauts plus clairs qui effleurent certains volumes et accentuent l’impression d’un relief tactile, entre chair et minéral.
Analyse comparative / corpus voisin
Par son bain rouge et la prolifération des figures, l’œuvre prolonge les grandes compositions saturées de la fin des années 1960, mais elle s’en distingue par une organisation plus lisible et par l’importance accordée à des éléments ponctuels — yeux, petits noyaux, micro‑corps — qui fonctionnent déjà comme unités. Là où les toiles les plus denses des années MP4 tendent à fusionner les formes dans une continuité quasi totale, celle‑ci ménage des points d’arrêt et des zones d’attraction, notamment autour du centre bleu‑noir. Cette articulation, encore rare à cette date, fait de la peinture une pièce‑pont : elle conserve l’ampleur magmatique tout en introduisant une syntaxe plus cellulaire et une dramaturgie interne plus structurée.
Justification de datation et d'attribution
La datation en 1971 se justifie par la coexistence de marqueurs tardifs de MP4 et d’indices typiques de l’amorce CC : figures moins fusionnelles qu’au milieu des années 1960, contours plus lisses, multiplication de petites entités connexes et apparition de contre‑teintes bleutées au sein d’une matrice chaude. Le rôle central d’un foyer sombre, organisateur, accentue l’idée de transition entre dispersion des années 1960 et mise en place d’axes internes au début des années 1970. L’œuvre est reproduite, titrée et datée dans le Catalogue Michelle Philippon (1972), ce qui confirme la cohérence de cette attribution.
Provenance / expositions / publications
Catalogue Michelle Philippon (1972)
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
