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Rêve (1971)

AB-CC-1971-001 Rêve

Fiche technique

Contexte biographique / historique

L’année 1971 marque une inflexion sensible vers un régime plus nocturne et plus parcimonieux de la forme, souvent désigné comme la période CC “Cosmique–Cellulaire”. Après l’expansion saturée de 1969–1970, Breuillaud semble ralentir le mouvement : la densité figurative s’allège, les membranes complexes se raréfient et l’image privilégie des apparitions ponctuelles, comme des cellules-lucioles isolées dans un espace feutré. Par son format intime et son climat suspendu, cette huile se place comme une charnière, ouvrant la voie aux recherches où la lumière devient le principal événement pictural.

Description plastique / stylistique

Un champ bleu-noir profond occupe presque toute la surface, animé de variations subtiles de bleu pétrole, de verts sombres et de nappes violettes qui donnent au fond une qualité de ciel interne ou d’océan mental. Sur cette nuit se détachent plusieurs entités ponctuelles, chacune sertie d’un halo : une cellule verte dans le registre supérieur gauche, une présence orangée plus bas, une petite forme rosée vers le bas, et surtout une grande lueur jaune-blanche à droite, construite par cercles successifs, comme une respiration lumineuse. À l’intérieur de cette zone majeure, des ovoides et des noyaux suggèrent une naissance de visage ou d’œil, tandis que de fines tiges et prolongements relient les figures entre elles, faisant circuler la lumière d’un point à l’autre. Une touche rouge, isolée, introduit une tension vive dans l’ensemble et accentue le caractère onirique de la scène. La matière, plus lisse et plus atmosphérique que dans les huiles de 1970, procède par glacis et micro-traces, de sorte que la lumière semble émerger lentement du fond, plutôt que s’y déposer.

Analyse comparative / corpus voisin

Par l’individualisation des entités et le rôle structurant des halos, l’œuvre s’inscrit dans le voisinage des petites huiles nocturnes qui développeront ensuite le motif des “cellules planétaires”. Elle se distingue nettement du cycle MP4 antérieur : la multiplication des corps et la complexité des membranes y cèdent la place à une économie de moyens, à une colorimétrie refroidie et à une chorégraphie lente où l’espace agit comme milieu d’apparition plutôt que comme champ de conflit.

Justification de datation et d'attribution

La datation à 1971 est cohérente avec la stabilisation d’un vocabulaire cellulaire fondé sur des halos isolés et des connexions filaires très fines, ainsi qu’avec la palette nocturne et feutrée qui se démarque de l’incandescence de 1969–1970. La manière de superposer les glacis, de construire des lumières concentriques et de laisser émerger des noyaux oculaires au sein des halos correspond à ce moment de décélération picturale où la présence se mesure à l’intensité d’une lueur plutôt qu’à la densité de la forme.

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud