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La scène primitive (1963)

AB-63B-1963-004 La scène primitive

Fiche technique

Contexte biographique / historique

En 1963, Breuillaud franchit un seuil décisif : après les recherches où la forme se fossilise et se compacte, il entre dans un régime d’image plus pulsatile, où la couleur rouge devient milieu, matrice et drame. Le segment 63B développe alors une véritable chorégraphie organique : entités membranaires, contacts, déchirures, étirements, comme un rite d’origine où tout se forme dans la même substance. La scène primitive condense cette bascule en une composition tendue, où l’énergie interne l’emporte sur toute stabilité et où la peinture agit comme un espace d’engendrement.

Description plastique / stylistique

Le tableau oppose un champ sombre, saturé de noirs violacés et de bleus profonds, à des masses rouges et orangées qui s’y découpent avec violence. Ces formes, ni anatomiques ni abstraites au sens strict, se comportent comme des corps amiboïdes : elles s’enlacent, se repoussent, s’ouvrent en cavités et se relient par des passages étroits. La matière, dense et striée, garde la trace de reprises successives ; des zones plus épaisses accrochent la lumière, tandis que des transparences sombres laissent affleurer un réseau interne de lignes et de griffures. L’ensemble produit une sensation de théâtre viscéral, où la forme paraît en constante mutation dans un milieu nocturne.

Analyse comparative / corpus voisin

Par rapport aux compositions du segment 63A, où les masses peuvent encore évoquer des structures minéralisées ou des organismes durcis, La scène primitive installe une dynamique plus directe, fondée sur le contact et la pulsation. Elle annonce les grandes toiles de 63B où la matrice rouge devient dominante, mais conserve une concentration remarquable : ici, la scène se noue autour de quelques entités principales, comme un noyau dramatique. L’œuvre dialogue enfin avec les toiles-systèmes du même segment, qui transformeront cette dramaturgie en réseau plus étendu ; elle en représente la face originelle et conflictuelle.

Justification de datation et d'attribution

La datation 1963 se fonde sur la palette rouge sombre et sur la facture stratifiée propre au début du segment 63B, ainsi que sur la mise en place d’une chorégraphie interne absente des recherches de 1962. La signature visible sur la reproduction et la cohérence du langage formel (masses membranaires, cavités, réseau de tensions) confirment l’attribution à André Breuillaud. La présence de l’œuvre dans le catalogue Georges Pillement (1967) apporte un jalon documentaire supplémentaire, en l’inscrivant explicitement dans un corpus reconnu de l’année 1963.

Provenance / expositions / publications

Catalogue Georges Pillement, 1967, planche couleur IV.

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud