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Rupestre (1963)

AB-63A-1963-009 Rupestre

Fiche technique

Contexte biographique / historique

En 1963, tandis que Breuillaud poursuit ses expérimentations organiques et ses systèmes de membranes, il développe par moments une veine plus « pariétale », où l’image semble se former comme sur une paroi : traces, empreintes, effacements, silhouettes réduites à l’essentiel. Rupestre s’inscrit dans cette recherche rare où l’artiste fait dialoguer son vocabulaire intérieur avec une mémoire des origines, non par l’illustration mais par l’apparition de formes animales et humaines traitées comme des signes. La scène demeure suspendue, à la frontière du récit et de l’informe, comme si l’œuvre mettait en place un théâtre primitif sur un mur de matière.

Description plastique / stylistique

La composition, largement horizontale, se déploie sur un fond clair aux gris chauds et verts pâles, travaillé en frottis et en stries verticales qui évoquent l’érosion d’une surface pierreuse. Dans cet espace, plusieurs silhouettes animales se détachent : un grand cheval sombre à droite, d’autres formes équines ou cervidées plus petites, brun-roux, réparties au centre et vers la droite comme un troupeau en déplacement. À gauche, une figure humaine vêtue de bleu, penchée, introduit un contrepoint mélancolique ; elle paraît garder, conduire ou simplement accompagner ces présences. Un réseau de traits blancs, de coulures et de fines incisions circule sur l’ensemble, liant les formes entre elles et maintenant l’image dans un régime de trace plutôt que de contour descriptif.

Analyse comparative / corpus voisin

Cette feuille occupe une place singulière dans le corpus de 1963 : elle conserve la logique d’un réseau structurant propre aux recherches organiques de l’année, tout en assumant une iconographie plus lisible, presque narrative, qui demeure exceptionnelle à cette date. Par rapport aux compositions centrées sur une forme unique ou sur des masses compactes, Rupestre s’ouvre comme une frise, où les figures émergent puis se dissolvent dans la matière du fond. L’œuvre peut ainsi se lire comme un moment d’articulation entre l’abstraction organique et une figuration réduite à l’empreinte, préparant des développements ultérieurs où la mémoire, la trace et la cartographie interne deviennent des enjeux majeurs.

Justification de datation et d'attribution

La datation 1963 est soutenue par la matière du pastel, à la fois douce et rugueuse, et par l’association d’un fond « paroi » à un réseau de lignes fines qui organise l’espace sans le rigidifier. La numérotation « 63 » inscrite sur le support, ainsi que la signature visible, confirment l’ancrage chronologique. L’attribution à André Breuillaud s’appuie sur la cohérence stylistique : silhouettes simplifiées comme des apparitions, travail d’effacement et de reprise, et primauté d’une structure interne de circulation sur toute intention descriptive.

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud