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Structure vivante en formation (1963)

AB-63A-1963-003 Structure vivante en formation

Fiche technique

Contexte biographique / historique

Au cours de 1963, Breuillaud explore des formes de plus en plus compactes et sombres, où l'organique se cristallise en architectures internes. Dans cette zone du cycle, l'image oscille volontiers entre organisme et apparition : la matière minérale, striée et frottée, laisse affleurer des indices de figure sans jamais basculer vers le descriptif.

Cette feuille s'inscrit dans cette tension. Le motif principal, construit comme une masse unique, semble porter en lui une morphologie de visage ou de masque, signe d'une évolution où la cosmogonie organique se charge d'une présence plus anthropomorphe.

Description plastique / stylistique

Sur un fond noir velouté et granuleux se détache une grande forme claire située sur la droite, dont les volumes suggèrent un front, une arête nasale et une cavité d'œil. Les contours, tracés au noir puis repris par frottements, enferment la figure dans une coque irrégulière, tandis que des réserves blanchies apparaissent comme des éclats ou des zones mises à nu.

Le centre du motif est animé par des compartiments et des poches aux bords sombres, comme des cellules ouvertes dans la matière. À gauche, des formes secondaires, plus petites, se disposent en contrepoint et amplifient la sensation d'un champ d'apparitions, où des fragments de corps ou de profils semblent émerger puis se dissoudre. La surface est travaillée par griffures fines et reprises de matière, ce qui maintient l'image dans un état d'instabilité, entre relief et effacement.

Analyse comparative / corpus voisin

Cette composition se rapproche des organismes à cavités du cycle 63A, tels Aux sources des règnes (AB-63A-1963-002), par son usage des réserves claires enchâssées dans une matrice sombre et par la construction en chambres internes. Ici toutefois, l'organisation des volumes tend vers une lecture de visage, comme si le réseau organique se resserrait jusqu'au masque.

Par rapport à La forêt pétrifiée (AB-63A-1963-001), davantage lisible comme coupe minérale, la présente feuille introduit une dimension de présence : l'image semble regarder, ou du moins faire sentir une frontalité. Cette inflexion annonce les variations où Breuillaud joue de l'équivoque entre figure et structure, en conservant la même économie de moyens et la même densité de matière.

Justification de datation et d'attribution

La datation vers 1963 est cohérente avec la palette réduite en noirs, gris et blancs, l'affirmation du cernage sombre, et la technique de frottements et de granulations qui creuse l'image comme une pierre. La composition privilégie une masse centrale unique et un réseau interne marqué, caractéristiques des recherches de ce moment.

L'attribution à Breuillaud est soutenue par la manière typique dont la forme se construit à partir de réserves et de cavités, ainsi que par l'ambivalence maintenue entre organisme et figure : un principe constant dans ses œuvres de transition et de densification organique du début des années 1960.

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud