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Aux sources des règnes (1963)

AB-63A-1963-002 Aux sources des règnes

Fiche technique

Contexte biographique / historique

En 1963, le cycle 63A marque l'abandon des transparences claires au profit d'une densité organique où les formes s'épaississent, se creusent et se stratifient. Dans cette phase, Breuillaud semble interroger une genèse : celle de formes vivantes encore indifférenciées, où le minéral, le végétal et l'animal coexistent dans une même matrice.

Aux sources des règnes condense ce projet. La feuille présente un organisme primordial, comme une origine commune des règnes, et son signalement dans le Catalogue Pillement (1967) indique qu'elle a été perçue comme un jalon représentatif de cette cosmogonie organique.

Description plastique / stylistique

Un grand corps clair occupe la majeure partie du champ, inscrit dans un fond noir dense qui agit comme une nuit matérielle. La forme principale se déploie en arc, avec une bordure sombre qui la cerne et l'assoit, tandis que l'intérieur est travaillé par des réserves blanches et des zones grises, comme des chambres ouvertes ou des alvéoles.

Plusieurs cavités, parfois circulaires, ponctuent la masse et suggèrent une anatomie implicite : on croit voir des orbites, des conduits, des poches. En partie supérieure, un regroupement de volumes arrondis, comparable à une grappe cérébrale, renforce l'idée d'un organisme en constitution. Sur la droite, une excroissance plus aiguë, presque cornue, introduit une tension directionnelle. La surface, granuleuse et frottée, oscille entre le dépôt minéral et la peau.

Analyse comparative / corpus voisin

Par sa logique de cavités et de cloisons internes, l'œuvre se place dans la continuité directe de La forêt pétrifiée (AB-63A-1963-001), dont elle partage la dramaturgie du clair arraché au sombre et l'ambivalence entre coupe géologique et organisme fossilisé.

Elle se distingue cependant par un caractère plus matriciel : l'image n'évoque pas seulement une pétrification, mais une source, un noyau générateur. Dans le corpus voisin de 1963, cette organisation en chambres et en organes implicites fait le lien avec des feuilles où le motif se resserre jusqu'au masque ou au visage, signe d'une dérive de l'organique vers l'apparition.

Justification de datation et d'attribution

La datation en 1963 est étayée par la disparition de toute luminosité diffuse typique de 1962 et par l'installation d'un contraste violent entre masse claire et fond sombre, associé à un réseau fibreux et à des contours intensément marqués. La facture, faite de frottements, de griffures et d'absorption du pigment dans le papier, correspond aux expérimentations du cycle 63A.

La mention de l'œuvre dans l'édition Pillement (1967), ainsi que la présence du millésime « 63 » sur la reproduction, confirment son inscription dans ce moment. L'attribution à Breuillaud est soutenue par la cohérence du vocabulaire formel : cavités, noyaux et compartimentations organiques traités comme des structures en mutation.

Provenance / expositions / publications

Mentionnée dans le Catalogue Pillement 1967.

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud