Fiche technique
- Titre : Non titré
- Date : 1962/1963 (circa)
- Technique : Technique mixte
- Dimensions : 50 x 65 cm
- Localisation : Collection privée
Contexte biographique / historique
Au sein du segment 62A, l'année 1962 correspond à une zone charnière : la Mutation Plastique s'éloigne progressivement des densités sombres de la fin de MP3 pour s'ouvrir vers un registre plus clair, fait de membranes, de réserves et d'interconnexions.
Cette feuille se situe à ce point d'inflexion. Elle conserve l'idée d'un organisme en formation, mais la matière s'allège et laisse apparaître, à la surface même, les premiers réseaux internes qui deviendront, en 1963, l'un des motifs structurants du cycle.
Description plastique / stylistique
Sur un fond beige à peine verdi, doucement nuancé, se détachent des unités organiques très claires, comme des poches diaphanes enchâssées dans une matrice. Les formes ne sont pas isolées : elles se touchent, se chevauchent et se répondent par des passages étroits, ce qui installe une lecture de circulation plutôt que de juxtaposition.
Un tracé blanc extrêmement fin, parfois légèrement en relief, court le long de certains contours et relie discrètement les compartiments. Deux zones plus chaudes, rosées à orangées, jouent le rôle de foyers d'intensité : l'une, en haut, concentre une rondeur rougeâtre, l'autre, en bas à gauche, diffuse une chaleur plus sourde dans la membrane. L'ensemble, travaillé par frottis, grattages et dépôts, garde une qualité de surface fragile, presque lactée, où l'organisme semble se constituer par apparition et effacement.
La composition est traversée par une dynamique oblique : de larges réserves blanches s'étirent, et une zone verticale très claire sur la droite agit comme une paroi ou un seuil. Cette organisation, plus atmosphérique que monumentale, donne à l'œuvre une luminosité rare dans ce segment, comme si la matière était éclairée de l'intérieur.
Analyse comparative / corpus voisin
Par sa clarté et par la prééminence des réserves blanches, l'œuvre se distingue au sein du cycle 62A, plus fréquemment dominé par des masses compactes et des tensions sombres. Elle se place ainsi en regard de pièces comme AB-62A-1962-006 (Fœtus) ou AB-62A-1962-009 (Rêve fossile), dont la densité et la gravité minérale sont ici nettement atténuées.
Elle prolonge néanmoins la logique membraneuse présente dans AB-62A-1962-003 et AB-62A-1962-004, tout en poussant plus loin la transparence et l'idée de réseau. À ce titre, elle peut être comprise comme un seuil : un précurseur direct des structures blanches et des circulations luminescentes qui s'installent pleinement dans les recherches de 1963.
Justification de datation et d'attribution
La datation vers 1962/1963 repose sur un faisceau de critères plastiques : palette très claire encore peu contrastée, réseaux blancs présents mais non systématisés, et travail de technique mixte combinant dépôts, frottements et reprises au grattage, caractéristiques d'une phase expérimentale de fin 1962.
L'inscription « 63 » visible au bas du support peut s'interpréter comme un repère d'atelier ou une annotation postérieure plutôt que comme une date strictement autographe, d'autant que l'œuvre ne présente pas la densité pigmentaire ni l'architecture plus minéralisée que l'on rencontre dans de nombreuses feuilles de 1963. L'attribution à Breuillaud est cohérente avec son vocabulaire formel de poches, noyaux et flux, et avec la manière très spécifique d'inscrire le dessin interne dans la matière même.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
